—A Dieu ne plaise, madame, que je doute de vos paroles, ni que je suspecte vos intentions!

Et, avec un sourire amer:

—Je n'ai pas reçu l'éducation réservée aux fils de roi... futurs rois eux-mêmes. Tout infant que je suis—vous l'assurez—je n'ai pas été élevé sur les marches du trône. J'ai vécu dans les ganaderias, madame, au milieu des fauves que j'élève pour le plus grand plaisir des princes, mes frères. C'est mon métier, madame, à moi, un métier dont je vis, n'ayant ni douaire, ni titres, ni dotations. Je suis un gardeur de taureaux, madame. Excusez-moi donc si je parle le langage brutal d'un gardien de fauves, au lieu du langage fleuri de cour auquel vous êtes accoutumée sans doute, vous, princesse souveraine.

Fausta approuva gravement de la tête.

Le Torero, s'étant excusé à sa manière, reprit aussitôt:

—Ma mère, madame, comment s'appelait-elle?

—Vous êtes prince légitime, dit Fausta. Votre mère s'appelait Elisabeth de France, épouse légitime de Philippe, roi, reine d'Espagne, par conséquent.

Le Torero passa la main sur son front moite.

—Mais enfin, madame, dit-il d'une voix tremblante, puisque je suis fils légitime, pourquoi cet abandon? Pourquoi cette haine acharnée d'un père contre son enfant? Pourquoi cette haine contre l'épouse légitime, haine qui est allée jusqu'à l'assassinat?... Car, vous m'avez bien dit, n'est-ce pas, que ma mère était morte des mauvais traitements que lui infligeait son époux?

—Je l'ai dit et je le prouverai.