—Ma mère était donc coupable?
—Votre mère, je l'ai dit et je le répète, et je le prouverai, la reine, votre mère, votre auguste mère, était une sainte.
Évidemment, elle exagérait considérablement. Elisabeth de Valois, fille de Catherine de Médicis, façonnée au métier de reine par sa redoutable mère, pouvait avoir été tout ce qu'il lui aurait plu d'être, hormis une sainte.
Mais c'est au fils que parlait Fausta, et elle comptait sur sa piété filiale, d'autant plus ardente et aveugle qu'il n'avait jamais connu sa mère, pour lui faire accepter toutes les exagérations qu'il lui conviendrait d'imaginer.
Fausta avait besoin d'exaspérer autant qu'il serait en son pouvoir le sentiment filial en faveur de la mère.
Plus celle-ci apparaîtrait grande, noble, irréprochable aux yeux du fils, et plus, forcément, sa fureur contre l'époux, bourreau de sa mère, se déchaînerait violente, irrésistible.
Le Torero accueillit l'affirmation de Fausta avec une joie manifeste. Il eut un long soupir de soulagement et demanda:
—Puisque ma mère était irréprochable, pourquoi cet acharnement, pourquoi ce long martyre dont vous avez parlé? Le roi serait-il réellement le monstre altéré de sang que d'aucuns prétendent qu'il est?
Il oubliait que lui-même l'avait toujours considéré comme tel. Maintenant qu'il savait qu'il était son père, il cherchait instinctivement à le réhabiliter à ses propres yeux.
Ceci ne pouvait faire l'affaire de Fausta. Implacable, elle répondit: