—Attendez, prince, avant d'accepter ou de refuser...

—Madame, interrompit vivement le Torero, qui s'exaltait sans s'en apercevoir, comment pouvez-vous me croire assez insensé, assez ingrat, pour refuser l'offre généreuse d'une amitié qui me serait précieuse au-dessus de tout?

Elle secoua la tête avec un sourire empreint d'une douce mélancolie.

—Défions-nous des mouvements spontanés, prince.

Et, avec une émotion intense qui fit frissonner délicieusement le jeune homme enivré:

—S'il nous était permis de suivre les impulsions de notre coeur, si je pouvais, moi qui vous parle, accomplir sans désemparer ce que le mien me dicte tout bas, vous seriez, prince, un des monarques les plus puissants de la terre, car je devine en vous les qualités rares qui font les grands rois.

Très ému par ces paroles prononcées avec un accent de conviction ardente, plus ému encore par ce qu'elles laissaient deviner de sous-entendu flatteur, le Torero s'écria:

—Dirigez-moi, madame. Parlez, ordonnez, je m'abandonne entièrement à vous.

L'oeil de Fausta eut une fugitive lueur. Elle eut un geste comme pour signifier qu'elle acceptait de le diriger et qu'il pouvait s'en rapporter à elle. Et, très calme, très douée:

—Avant de dire oui ou non, je dois établir en quelques mots nos positions respectives. Je dois vous dire qui je suis, ce que je peux, et ce que vaut cette amitié que je vous offre. Je dois aussi vous rappeler ce que vous êtes, j'entends au regard de tous ceux qui vous connaissent, ce que vous pouvez faire, et où vous allez.