—Oui. Mais le roi ne se résoudra à cette extrémité que lorsqu'il lui sera dûment démontré qu'il ne peut vous atteindre autrement. Vous pouvez plus que vous ne pensez. D'abord exploiter cette terreur du roi au sujet de la divulgation de votre naissance.
—Comment? Excusez-moi, madame, je ne comprends pas grand-chose à toutes ces complications. La pensée que je suis réduit à comploter bassement contre mon propre père, cette pensée m'est aussi douloureuse qu'odieuse, et j'avoue qu'elle m'enlève toute ma lucidité.
—Je comprends vos scrupules et je les approuve.
Encore ne faudrait-il pas les pousser à l'extrême. Hélas! je conçois que votre coeur soit déchiré, mais, si douloureux pour vous, si pénible pour moi que cela soit, je dois insister. Il y va de votre salut. Je vous dis donc: Ne vous obstinez pas à voir le père dans la personne du roi. Le père n'existe pas. L'ennemi seul reste: c'est lui seul que vous devez voir, c'est lui seul que vous devez combattre.
Le Torero demeura un moment songeur et, redressant le front, il dit douloureusement:
—Je sens que ce que vous dites est juste. Cependant j'ai peine à l'accepter.
Fausta se fit glaciale.
—Entendez-vous par là, dit-elle, que vous renoncez à vous défendre et que vous consentez à tendre bénévolement le cou pour mieux recevoir la mort?
Le Torero réfléchit un long moment pendant lequel Fausta l'examina avec une anxiété qu'elle ne pouvait surmonter. Enfin il se décida.
—Vous avez cent fois raison, madame, dit-il, d'une voix sourde. J'ai droit à la vie, comme tout le monde. Je me défendrai donc coûte que coûte.