—Je serai votre épouse!
Le Torero bondit. Il s'attendait à tout, hormis à une prétention semblable, formulée d'une manière si anormale, qui n'était pas sans le choquer quelque peu. Il tombait de très haut. Fini le rêve prestigieux; il se trouvait face à face avec la réalité brutale. Il lui semblait que ce n'était pas la même femme qu'il avait devant lui. Sous le coup, de l'emballement, cette incomparable beauté avait excité en lui le désir. Maintenant il la voyait tout autrement. Pour tout dire: elle lui faisait peur.
Dans sa stupeur, il ne put que bégayer:
—M'épouser! Vous! madame! vous!
Fausta comprit que c'était l'instant critique. Elle se redressa de toute sa hauteur. Elle prit cet air de souveraine qui la faisait irrésistible, et adoucissant l'éclat de son regard:
—Regardez-moi, dit-elle. Ne suis-je pas assez jeune, assez belle? Ne ferai-je pas une souveraine digne en tous points du puissant monarque que vous allez être?
—Je vois, dit don César, qui recouvrait toute sa lucidité, je vois que vous êtes, en effet, la jeunesse même, et quant à la beauté, jamais, je le crois sincèrement, nulle beauté n'égala la vôtre. Mais...
—Mais?... Dites toute votre pensée...
—Éh bien, oui, je dirai toute ma pensée. Je vous dirai en toute sincérité que je me crois tout à fait indigne du très grand honneur que vous me voulez faire. Vous êtes trop souveraine et pas assez... femme.
Fausta eut un sourire quelque peu dédaigneux.