«Je n'ai plus de raisons de garder ce parchemin. Le mieux est de le remettre à M. d'Espinosa. Je fais ainsi d'une pierre deux coups. D'abord, je me concilie l'amitié du grand inquisiteur et du roi. S'ils ont des soupçons au sujet de cette conspiration, je les endors. Je trouve sécurité et liberté d'action. Ensuite, tout ce que le roi Philippe entreprendra avec ce parchemin tournera au profit de son successeur.
Elle réfléchit une seconde, et:
«Pardaillan!... Que dira-t-il quand il saura que j'ai remis ce parchemin à M. d'Espinosa? Voilà sa mission manquée, lui qui a promis de rapporter ce parchemin à Henri de Navarre. Qui sait? Si d'Espinosa le manque, je me débarrasse peut-être en même temps de Pardaillan. Avec ses idées spéciales, il est capable de se croire Déshonoré.»
Et avec un sourire terrible:
«Lorsqu'un homme comme Pardaillan se croit déshonoré et qu'il ne peut laver son honneur dans le sang de son ennemi, il n'a qu'une ressource: le laver dans son propre sang. Pardaillan pourrait bien se tuer!... C'est à voir!...»
Elle demeura encore un moment rêveuse, et ce nom de Pardaillan appela dans son esprit celui de son fils, et elle songea:
«Myrthis! Où peut bien être Myrthis? Et mon fils, le fils de Pardaillan? Il serait temps pourtant de rechercher cet enfant.»
Elle réfléchit encore un moment et murmura:
«Oui, tout ceci sera liquidé rapidement, soit que je réussisse, soit que j'échoue. Il sera temps de rechercher mon fils.»
Ayant pris cette résolution, elle frappa de nouveau sur un timbre et jeta un ordre à la suivante, accourue.