—Le roi, dit-elle, oubliera les amours de l'aventurier. Il ne saurait en être autrement.

Et, sans lui laisser le temps de placer un mot, elle se leva et, plus doucement:

—Allez, prince, et revenez après-demain. Ne parlez pas, vous dis-je. J'attends votre retour avec confiance. Votre réponse ne peut pas ne pas être conforme à mes désirs. Allez.

Et, d'un geste doux et impérieux à la fois, elle le congédia sans qu'il eût pu dire ce qu'il avait à dire:

Le Torero parti, Fausta réfléchit longuement. Elle avait très bien compris ce qui s'était passé dans l'esprit du Torero. Elle avait vu dans son esprit que, si elle le laissait parler, il allait proclamer hautement son amour pour la petite bohémienne: mis en demeure de choisir entre l'amour et la couronne qu'elle lui faisait entrevoir, le prince, sans hésiter, eût refusé la couronne pour conserver son amour. Fausta avait senti cela, et c'est en pensant à cela qu'elle avait dit: «N'accomplissez pas l'irréparable.»

Elle restait à sa place, très soucieuse. L'entrevue n'avait pas tourné au gré de ses désirs. Le prince lui échappait. Tout n'était pas perdu cependant. Le seul obstacle venait de la Giralda: elle supprimerait l'obstacle. La Giralda morte, disparue, enlevée, elle ne doutait pas qu'il ne vînt à elle, soumis et obéissant.

Elle allongea la main et frappa sur un timbre. A son appel. Centurion, dégrimé, ayant repris sa personnalité, parut avec son sourire obséquieux.

Fausta eut un long entretien avec lui au cours duquel elle lui donna des instructions détaillées concernant la Giralda, ensuite de quoi le bravo s'éclipsa sans doute pour procéder à l'exécution immédiate des ordres reçus.

Fausta demeura encore une fois seule.

Elle alla droit à un cabinet de travail merveilleux, ouvrit un tiroir secret et en sortit un parchemin qu'elle considéra longuement avant de le cacher dans son sein, en murmurant: