—Mais enfin qu'a-t-il donc fait de si beau qu'un homme tel que vous en parle de si élogieuse façon?

—Je vous l'ai dit: c'est un brave. Que si vous désirez en savoir plus long, je vous dirai un de ces jours ce qu'il a fait pour acquérir mon estime. Pour le moment, tenez pour très sérieux que je le considère réellement comme un ami et répondez, s'il vous plaît, à ma question: Comment se fait-il que je ne le voie pas? Je le croyais de vos bons amis à vous aussi, ma jolie Juana?

Il sembla à Juana qu'il y avait une intention de raillerie dans la façon dont le chevalier prononça ces dernières paroles. Mais, avec le seigneur français, il n'était jamais facile de se prononcer nettement. Il avait une si singulière manière de s'exprimer, il avait un sourire surtout si déconcertant qu'on ne savait jamais avec lui. Aussi ne s'arrêta-t-elle pas à ce soupçon, et avec une moue enfantine:

—Il m'agaçait, dit-elle, je l'ai chassé.

—Oh! oh! quel méfait a-t-il donc commis?

—Aucun, seigneur de Pardaillan, seulement... c'est un sot.

—Un sot!... le Chico! Voilà ce que vous ne me ferez pas croire. C'est un garçon très fin au contraire, très intelligent, et qui vous est, je crois, très attaché. J'espère que ce renvoi n'est pas définitif et que je le reverrai bientôt ici.

—Oh! fit en riant Juana, il saura bien revenir sans qu'on ait besoin de l'y convier. Jamais je n'ai vu drôle aussi éhonté, aussi dépourvu d'amour-propre.

—Avec vous, peut-être, dit Pardaillan, en riant franchement de l'air dépité avec lequel elle avait dit ces paroles. Il ne faudrait pas trop s'y fier toutefois, et je crois que, si tout autre que vous se permettait de lui manquer, le Chico ne se laisserait pas malmener aussi bénévolement que vous dites.

—Il est de fait qu'il a la tête assez près du bonnet et ce n'est pas à sa louange, convenez-en.