—Je ne trouve pas. En attendant, il me manque, à moi, le Chico. Quelle que soit sa faute, j'implore son pardon, ma jolie hôtesse.

Comme bien on pense, Juana aurait été bien en peine de refuser quoi que ce soit à Pardaillan. La grâce fut donc magnanimement accordée. Bien mieux, on courut à la recherche du Chico. Mais il demeura introuvable.

Pardaillan comprit que le nain avait dû se terrer dans son gîte mystérieux et il n'insista pas davantage.

Réduit à la seule conversation des deux jeunes filles, il commençait à trouver le temps quelque peu long lorsque le Torero vint le délivrer.

La Giralda se doutait bien que son fiancé avait dû se rendre chez cette princesse qui prétendait connaître sa famille et se disait en mesure de lui révéler le secret de sa naissance. Mais, comme don César était parti sans lui dire où il allait, elle crut devoir garder pour elle le peu qu'elle savait.

Cela, d'autant plus aisément que Pardaillan, avec sa discrétion outrée, s'abstint soigneusement de toute allusion à l'absence du Torero. Il pensait que, pour que don César fût résolu à s'absenter alors qu'il croyait sa fiancée en péril, c'est qu'il devait y avoir nécessité impérieuse. Le Torero lui avait fait demander de veiller sur sa fiancée: il veillait. Il se demandait bien, non sans inquiétude, où pouvait être allé le jeune homme, mais il gardait ses impressions pour lui.

Quoi qu'il en soit, l'arrivée du Torero lui fut très agréable.

Il l'accueillit donc avec ce bon sourire qu'il n'avait que pour ceux qu'il affectionnait.

De son côté, le Torero éprouvait l'impérieux besoin de se confier à un ami. Non pas qu'il hésitât sur la conduite à tenir, non pas qu'il eût des regrets de la détermination prise de refuser les offres de Fausta, mais parce qu'il lui semblait que, dans l'extraordinaire aventure qui lui arrivait, bien des points obscurs subsistaient, et il était persuadé qu'un esprit délié comme celui du chevalier saurait projeter la lumière sur ces obscurités.

Résolu à tout dire à son nouvel ami, après avoir remercié la petite Juana avec une effusion émue, après l'avoir assurée de son éternelle gratitude, il entraîna le chevalier dans une petite salle où il lui serait possible de s'entretenir librement avec lui et sans témoin, et en même temps de surveiller de près l'entrée du cabinet où il laissait la Giralda avec Juana. Une sorte d'instinct l'avertissait en effet que sa fiancée était menacée. Il n'aurait pu dire en quoi ni comment, mais il se tenait sur ses gardes.