—Fausta ne fait et ne dit jamais rien d'ordinaire. Elle ne ment jamais non plus. Elle dit toujours les choses telles qu'elle les voit à son point de vue... Ce n'est point sa faute si ce point de vue ne correspond pas toujours à la vérité exacte.

Le Torero comprit qu'il ne lui serait pas facile de se faire une opinion exacte tant qu'il s'obstinerait à procéder par questions directes. Il jugea que le mieux était de conter point par point les différentes parties de son entrevue.

—Mme Fausta, dit-il, m'a dit une chose inconcevable, incroyable. Tenez-vous bien, chevalier, vous allez être étonné. Elle prétend que je suis... fils de roi!

Pardaillan ne parut nullement étonné.

—Pourquoi pas, don César? J'ai toujours pensé que vous deviez être de très illustre famille. On sent qu'il y a de la race en vous, et, malgré la modestie de votre position, vous fleurez le grand seigneur d'une lieue.

—Grand seigneur, tant que vous voudrez, chevalier; mais de là à être de sang royal, et, qui mieux est, héritier d'un trône, le trône d'Espagne, avouez qu'il y a loin.

—Je ne dis pas non. Cela ne me paraît pas impossible pourtant, et j'avoue, quant à moi, que vous feriez figure de roi autrement noble et impressionnante que celle de ce vieux podagre qui règne sur les Espagnes.

—Vous ajouteriez foi à de pareilles billevesées?

—Pourquoi pas?

Et, avec une intonation étrange, le chevalier ajouta: