—N'avez-vous pas ajouté foi à ces billevesées, comme vous dites?

—Oui, dit franchement le Torero. J'avoue que j'ai eu un instant de sotte vanité et que je me suis cru fils de roi. Mais j'ai réfléchi depuis, et maintenant...

—Maintenant? fit Pardaillan, dont l'oeil pétilla.

—Je comprends l'absurdité d'une pareille assertion.

—Je confesse que je ne vois rien d'absurde là.

—Peut-être auriez-vous raison en ce qui concerne la prétention elle-même. Ce qui la rend absurde à mes yeux, ce sont les circonstances anormales qui l'accompagnent.

—Expliquez-vous.

—Voyons, est-il admissible que, fils légitime du roi et d'une mère irréprochable, j'aie été poursuivi par la haine aveugle de mon père? Qu'on en ait été réduit, pour sauver les jours menacés de l'enfant, à l'enlever, le cacher, l'élever—si on peut dire, car, en résumé, je me suis élevé tout seul—obscur, pauvre, déshérité?

—Cela peut paraître étrange. Mais, étant donné le caractère féroce, ombrageux à l'excès du roi Philippe, je ne vois, pour ma part, rien de tout à fait impossible à ce qui peut paraître un roman.

Le Torero secoua énergiquement la tête.