—Je ne vois pas comme vous, dit-il fermement. Les conditions dans lesquelles j'ai été élevé sont normales, naturelles, je dirai mieux, elles me paraissent obligatoires s'il s'agit—et je crois que c'est mon cas—d'une naissance clandestine, du produit d'une faute, pour tout dire. Ces mêmes conditions me paraissent tout à fait inadmissibles dans un cas normal et légitime... tel que la naissance de l'héritier légitime d'un trône.
Ayant dit ces mots avec une conviction évidemment sincère, le Torero demeura un moment rêveur.
Pardaillan, qui connaissait le secret de sa naissance, et qui continuait de l'observer avec une attention soutenue, songea en lui-même:
«Pas si mal raisonné que cela.»
Cependant le Torero reprenait:
—Et quand bien même je serais le fils du roi, quand bien même Mme Fausta étalerait à mes yeux les preuves les plus convaincantes, ces fameuses preuves qu'elle détient, paraît-il, eh bien, voulez-vous que je vous dise? Je refuserais de reconnaître le roi pour mon père, je m'efforcerais de refouler ma haine et je disparaîtrais, je fuirais l'Espagne, je resterais ce que je suis: obscur et sans nom.
—Ah bah! et pourquoi donc? fit Pardaillan, dont les yeux pétillaient.
—Voyons, chevalier, si le roi, mon père, me tendait les bras, s'il me reconnaissait, s'il s'efforçait de réparer le passé, ne serais-je pas en droit d'accepter la nouvelle situation qui me serait faite?
—Si votre père vous tendait les bras, dit gravement Pardaillan, votre devoir serait de le presser sur votre coeur et d'oublier le mal qu'il pourrait vous avoir fait.
—N'est-ce pas? fit joyeusement le Torero. C'est bien ce que je pensais. Mais ce n'est pas du tout cela que l'on m'offre.