—Diable! que vous offre-t-on?

—On m'offre des millions pour soulever les populations, on m'offre le concours de gens que je ne connais pas. On ne m'offre pas l'affection paternelle. En échange de ces millions et de ces concours, on me propose de me dresser contre mon prétendu père. Mon premier acte de fils sera un acte de rébellion envers mon père.

—C'est à la tête d'une armée que je prendrai contact avec ce père, et c'est les armes à la main que je lui adresserai mon premier mot. Et, quand je l'aurai humilié, bafoué, vaincu, je lui imposerai de me reconnaître officiellement pour son héritier. Voilà ce que l'on m'offre, ce que l'on me propose, chevalier.

—Et vous avez accepté?

—Chevalier, vous êtes l'homme que j'estime le plus au monde. Je vous considère comme un frère aîné que j'aime et que j'admire. Je ne veux avoir rien de caché pour vous. Or, vous qui m'avez témoigné estime et confiance, apprenez à me connaître et sachez que j'ai commis cette mauvaise action de songer à accepter.

—Bah! fit Pardaillan avec son sourire aigu, une couronne est bonne à prendre.

—Je vous comprends. Quoi qu'il en soit, on m'avait présenté les choses de telle manière, je crois. Dieu me pardonne, que la raison m'abandonnait: j'étais comme ivre, ivre d'orgueil, ivre d'ambition. J'étais sur le point d'accepter. Heureusement pour moi, la princesse à ce moment m'a fait une dernière proposition, ou, pour mieux dire, m'a posé une dernière condition.

—Voyons la condition, dit Pardaillan, qui se doutait bien de quoi il retournait.

—La princesse m'a offert de partager ma fortune, ma gloire, mes conquêtes en devenant ma femme.

—Hé! vous ne seriez pas si à plaindre, persifla Pardaillan. On vous offre la fortune, un trône, la gloire, des conquêtes prodigieuses, et, comme si cela ne suffisait pas, on y ajoute l'amour sous les traits de la femme la plus belle qui soit, et vous vous plaignez. J'espère bien que vous n'avez pas commis l'insigne folie de refuser des offres aussi merveilleuses.