Ces explications données, il prétexta une grande fatigue, et, sur ce point, il n'exagérait pas, car, tout autre que lui se fût écroulé depuis longtemps, et monta s'étendre dans les draps blancs qui l'attendaient.

Pardaillan parti, Cervantes se retira. Le Torero remonta saluer la Giralda et le Chico resta seul.

Juana, fine mouche, ne daigna pas lui adresser la parole. Seulement, après avoir tourné et viré dans le patio, sûre qu'il ne la quittait pas des yeux, elle se dirigea d'un air détaché vers un petit réduit qu'elle avait arrangé à sa guise et qui était comme son boudoir à elle, boudoir bien modeste. Et, en se retirant, la petite madrée regardait par-dessus son épaule pour voir s'il la suivait.

Et, comme elle voulait qu'il vînt, elle tourna à demi la tête et l'ensorcela d'un sourire.

Alors, le Chico osa se lever et, sans avoir l'air de rien, il la rejoignit dans le petit réduit, le coeur battant à se briser dans sa poitrine, car il se demandait avec angoisse quel accueil elle allait lui faire.

Juana s'était assise dans l'unique siège qui meublait la pièce, très petite. C'était un vaste fauteuil en bois sculpté. Comme elle était petite, ses pieds reposaient sur un large et haut tabouret en chêne ciré.

Le Chico se faufila dans la pièce et resta devant elle muet et l'air fort penaud. Voyant qu'il ne se décidait pas à parler, elle entama la conversation, et, avec un visage sérieux, sans qu'il lui fût possible de discerner si elle était contente ou fâchée:

—Alors, dit-elle, il paraît que tu es brave, Chico?

Ingénument, il dit:

—Je ne sais pas.