— Tout ce que je sais, répondit le captif, c'est qu'après avoir passé deux ans à Constantinople, il s'enfuit en costume d'Arnaute[223], avec un espion grec; mais j'ignore s'il parvint à recouvrer sa liberté, bien que je le suppose: car, moins d'un an après, je revis ce Grec à Constantinople, mais sans pouvoir lui demander des nouvelles de leur voyage.

— Eh bien! je puis vous en donner, répliqua le gentilhomme, car ce don Pedro est mon frère; il est maintenant dans notre pays, bien portant, riche, marié et père de trois enfants.

— Grâces soient rendues à Dieu, reprit le captif, pour tant de faveurs qu'il lui a faites! car, à mon avis, il n'y a pas sur la terre de contentement égal à celui de recouvrer la liberté perdue.

— Au reste, continua le gentilhomme, je sais également les sonnets qu'a faits mon frère.

— Alors, répondit le captif, je les laisserai dire à Votre Grâce, qui saura les citer mieux que moi.

— Volontiers, répondit le gentilhomme; voici celui de la
Goulette:

Chapitre XL

Où se continue l'histoire du captif

SONNET

«Âmes heureuses, qui, libres, par vos belles actions, de l'enveloppe mortelle, vous êtes élevées de la bassesse de la terre à la hauteur du ciel;