«Vous qui, brûlant de zèle et de noble colère, avez exercé la force de vos corps; qui de votre sang et du sang d'autrui avez rougi les flots de la mer et le sable du sol;
«La vie a manqué avant la valeur à vos bras fatigués, qui, en mourant, tout vaincus qu'ils sont, remportent la victoire;
«Et, dans cette triste chute mortelle, vous avez acquis, entre la muraille et le fer, la renommée que donne le monde, et la gloire éternelle des cieux.»
— C'est précisément ainsi que je le sais, dit le captif.
— Quant à celui du fort, reprit le gentilhomme, si j'ai bonne mémoire, voici comment il est conçu:
SONNET
«Du milieu de cette terre stérile et bouleversée, du milieu de ces bastions renversés à terre, les saintes âmes de trois mille soldats montèrent vivantes à un meilleur séjour;
«Ils avaient d'abord vainement exercé la force de leurs bras courageux, jusqu'à ce qu'enfin, de lassitude et de petit nombre, ils rendirent la vie au fil de l'épée.
«Voilà le sol qu'ont incessamment rempli mille souvenirs lamentables, dans les siècles passés et dans le temps présent.
«Mais jamais, dans son âpre sein, de plus pures âmes n'auront monté au ciel, et jamais il n'aura porté des corps plus vaillants.»