— Non pas, seigneur, répondit le barbier; car j'ai ouï dire aussi que c'est le meilleur de tous les livres de cette espèce qu'on ait composés, et, comme unique en son genre, il mérite qu'on lui pardonne.

— C'est également vrai, dit le curé; pour cette raison, nous lui faisons, quant à présent, grâce de la vie[33]. Voyons cet autre qui est à côté de lui.

— Ce sont, répondit le barbier, les _Prouesses d'Esplandian, fils légitime d'Amadis de Gaule__[34]__._

_— _Pardieu! dit le curé, il ne faut pas tenir compte au fils des mérites du père. Tenez, dame gouvernante, ouvrez la fenêtre, et jetez-le à la cour: c'est lui qui commencera la pile du feu de joie que nous allons allumer.»

La gouvernante ne se fit pas prier, et le brave Esplandian s'en alla, en volant, dans la cour, attendre avec résignation le feu qui le menaçait.

«À un autre, dit le curé.

— Celui qui vient après, dit le barbier, c'est _Amadis de Grèce, _et tous ceux du même côté sont, à ce que je crois bien, du même lignage des Amadis[35].

— Eh bien! dit le curé, qu'ils aillent tous à la basse-cour; car, plutôt que de ne pas brûler la reine Pintiquinestra et le berger Darinel, et ses églogues, et les propos alambiqués de leur auteur, je brûlerais avec eux le père qui m'a mis au monde, s'il apparaissait sous la figure du chevalier errant.

— C'est bien mon avis, dit le barbier.

— Et le mien aussi, reprit la nièce.