Ici le très-prudent Cid Hamet dit à sa plume: «Tu vas rester pendue à ce crochet et à ce fil de laiton, ô ma petite plume, bien ou mal taillée, je ne sais. Là, tu vivras de longs siècles, si de présomptueux et malandrins historiens ne te détachent pour te profaner. Mais avant qu'ils parviennent jusqu'à toi, tu peux les avertir, et leur dire, dans le meilleur langage que tu pourras trouver:

«Halte-là, halte-là, félons; que personne ne me touche; car cette entreprise, bon roi, pour moi seul était réservée.[358]

«Oui, pour moi seul naquit don Quichotte, et moi pour lui. Il sut opérer, et moi écrire. Il n'y a que nous seuls qui ne fassions qu'un, en dépit de l'écrivain supposé de Tordésillas, qui osa ou qui oserait écrire avec une plume d'autruche, grossière et mal affilée, les exploits de mon valeureux chevalier. Ce n'est pas, en effet, un fardeau pour ses épaules, ni un sujet pour son esprit glacé, et, si tu parviens à le connaître, tu l'exhorteras à laisser reposer dans la sépulture les os fatigués et déjà pourris de don Quichotte; à ne pas s'aviser surtout de l'emmener contre toutes les franchises de la mort dans la Castille-Vieille[359], en le faisant sortir de la fosse où il gît bien réellement, étendu tout de son long, hors d'état de faire une sortie nouvelle et une troisième campagne. Pour se moquer de toutes celles que firent tant de chevaliers errants, il suffit des deux qu'il a faites, si bien au gré et à la satisfaction des gens qui en ont eu connaissance, tant dans ces royaumes que dans les pays étrangers. En agissant ainsi, tu rempliras les devoirs de ta profession chrétienne; tu donneras un bon conseil à celui qui te veut du mal; et moi, je serai satisfait et fier d'être le premier qui ait entièrement recueilli de ses écrits le fruit qu'il en attendait; car mon désir n'a pas été autre que de livrer à l'exécration des hommes les fausses et extravagantes histoires de chevalerie, lesquelles, frappées à mort par celles de mon véritable don Quichotte, ne vont plus qu'en trébuchant, et tomberont tout à fait sans aucun doute. — Vale

[1] C'est l'écrivain qui s'est caché sous le nom du licencié Alonzo Fernandez de Avellanéda, natif de Tordésillas, et dont le livre fut imprimé à Tarragone. [2] La bataille de Lépante. [3] Allusion à Lope de Vega, qui était en effet prêtre et familier du saint-office, après avoir été marié deux fois. [4] Il y a dans le texte _podenco, _qui veut dire chien courant. J'ai mis lévrier, pour que le mot chien ne fût pas répété tant de fois en quelques lignes. [5] Petite pièce de l'époque, dont l'auteur est inconnu. [6] On nomme _veinticuatros _les _regidores _ou officiers municipaux de Séville, de Grenade et de Cordoue, depuis que leur nombre fut réduit de trente-six à vingt-quatre par Alphonse le Justicier. [7] _Las copias de Mingo Revulgo sont une espèce de complainte satirique sur le règne de Henri IV (el impotente). _Les uns l'ont attribuée à Juan de Ména, auteur du poëme _el Laberinto ; _d'autres à Rodrigo Cota, premier auteur de la _Célestine ; _d'autres encore au chroniqueur Fernando del Pulgar. Celui-ci, du moins, l'a commentée à la fin de la chronique de Henri IV par Diego Enriquez del Castillo. [8] Que Cervantes n'acheva point. [9] Métaphore empruntée à l'art chirurgical. Il était alors très en usage de coudre une blessure, et l'on exprimait sa grandeur par le nombre de points nécessaires pour la cicatriser. Cette expression rappelle une des plus piquantes aventures de la Nouvelle intitulée _Rinconete _y _Cortadillo. _Cervantes y raconte qu'un gentilhomme donna cinquante ducats à un bravache de profession, pour qu'il fît à un autre gentilhomme, son ennemi, une balafre de _quatorze points. _Mais le _bravo, _calculant qu'une si longue estafilade ne pouvait tenir sur le visage fort mince de ce gentilhomme, la fit à son laquais, qui avait les joues mieux remplies. [10] Depuis le milieu du seizième siècle, les entreprises maritimes des Turcs faisaient, en Italie et en Espagne, le sujet ordinaire des conversations politiques. Elles étaient même entrées dans le langage proverbial : Juan Cortès de Tolédo, auteur du _Lazarille de Manzanarès, _dit, en parlant d'une belle-mère, que c'était _une femme plus redoutée que la descente du Turc. _Cervantes dit également, au début de son _Voyage au Parnasse, _en prenant congé des marches de l'église San-Félipe, sur lesquelles se réunissaient les nouvellistes du temps : « Adieu, promenade de San-Félipe, où je lis, comme dans une gazette de Venise, si le chien Turc monte ou descend. » [11] On appelait ces charlatans politiques _arbitristas, _et les expédients qu'ils proposaient, _arbitrios. _Cervantes s'est moqué d'eux fort gaiement dans le _Dialogue des chiens. _Voici le moyen qu'y propose un de ces _arbitristas, _pour combler le vide du trésor royal : « Il faut demander aux cortès que tous les vassaux de Sa Majesté, de quatorze à soixante ans, soient tenus de jeûner, une fois par mois, au pain et à l'eau, et que toute la dépense qu'ils auraient faite ce jour-là, en fruits, viande, poisson, vin, oeufs et légumes, soit évaluée en argent, et fidèlement payée à Sa Majesté, sous l'obligation du serment. Avec cela, en vingt ans, le trésor est libéré. Car enfin, il y a bien en Espagne plus de trois millions de personnes de cet âge… qui dépensent bien chacune un réal par jour, ne mangeassent-elles que des racines de pissenlit. Or, croyez-vous que ce serait une misère que d'avoir chaque mois plus de trois millions de réaux comme passés au crible ? D'ailleurs, tout serait profit pour les jeûneurs, puisque avec le jeûne ils serviraient à la fois le ciel et le roi, et, pour un grand nombre, ce serait en outre profitable à la santé. Voilà mon moyen, sans frais ni dépens, et sans nécessité de commissaires, qui sont la ruine de l'État. » [12] Allusion à quelque _romance _populaire du temps, aujourd'hui complètement inconnu. [13] Ce n'est pas suivant Turpin, auquel on n'a jamais attribué de _cosmographie : _mais suivant Arioste, dans l'_Orlando furioso, _poëme dont Roger est le héros véritable. [14] L'Écriture ne le fait pas si grand. _Egressus est vir spurius de castris Philistinorum, nomine Goliath de Geth, altitudinis sex cubitorum et palmi. (Rois, _livre I, chap. XVII.) [15] C'est le poëme italien _Morgante maggiore, de Luigi Pulci. Ce poëme fut traduit librement en espagnol par Geronimo Anner, Séville, 1550 et 1552. [16] Roland, Ferragus, Renaud, Agrican, Sacripant, etc. [17] Médor fut blessé et laissé pour mort sur la place, en allant relever le cadavre de son maître, Daniel d'Almonte. (Orlando furioso, _canto XXIII.) [18] Le poëte andalous est Luis Barahona de Soto, qui fit Les Larmes d'Angélique (Las Lagrimas de Angélica), poëme en douze chants, Grenade, 1586. Le poëte castillan est Lope de Vega, qui fit La Beauté d'Angélique (La Hermosura de Angélica), poëme en vingt chants, Barcelone, 1604. [19] Quelques années plus tard, Quevedo se fit le vengeur des amants rebutés d'Angélique dans son Orlando burlesco. [20] Formule très-usitée des historiens arabes, auxquels la prirent les anciens chroniqueurs espagnols, et après eux les romanciers, que Cervantes imite à son tour. [21] Le mot _insula, _que don Quichotte emprunte aux romans de chevalerie, était, dès le temps de Cervantes, du vieux langage. Une île s'appelait alors, comme aujourd'hui, _isla. _Il n'est donc pas étonnant que la nièce et la gouvernante n'entendent pas ce mot. Sancho lui-même n'en a pas une idée très-nette. Ainsi la plaisanterie que fait Cervantes, un peu forcée en français, est parfaitement naturelle en espagnol. [22] Quando caput dolet, cetera membra dolent. [23] On comptait alors plusieurs degrés dans la noblesse : _hidalgos, cavalleros, ricoshombres, titulos, grandes. _J'ai mis _gentilhommes _au lieu de _chevaliers, _pour éviter l'équivoque que ce mot ferait naître, appliqué à don Quichotte.

Don Diego Clemencin a retrouvé la liste des nobles qui habitaient le bourg d'Armagasilla de Alba, au temps de Cervantes. Il y a une demi-douzaine d'_hidalgos _incontestés, et une autre demi-douzaine d'_hidalgos _contestables. [24] Quant aux moeurs, Suétone est du même avis que don Quichotte ; mais non quant à la toilette. Au contraire, il reproche à César d'avoir été trop petit-maître… Circa corporis curam morosior, ut non solum tonderetur diligenter ac raderetur, sed velleretur etiam, ut quidam exprobraverunt… (Cap. XLV.) [25] Sancho avait changé le nom de _Ben-Engeli _en celui de _Berengena, _qui veut dire aubergine, espèce de légume fort répandue dans le royaume de Valence, où l'avaient portée les Morisques. [26] Il y avait _presque un _mois, dit Cervantes dans le chapitre premier, que don Quichotte était revenu chez lui en descendant de la charrette enchantée, et voilà que douze mille exemplaires de son histoire courent toute l'Europe, imprimés dans quatre ou cinq villes, et en plusieurs langues. Le _Don Quichotte _est plein de ces étourderies. Est-ce négligence ? est-ce badinage ? [27] On peut dire du bachelier Carrasco : Cecinit ut vates. [28] Sancho répond ici par un jeu de mots, à propos de _gramatica, _grammaire. « Avec la grama (chiendent), je m'accommoderais bien, mais de la _tica je ne saurais que faire, car je ne l'entends pas. » C'était intraduisible. [29] Le crime de fausse monnaie était puni du feu, comme étant à la fois un vol public et un crime de lèse- majesté. (Partida _VII, tit. VII, ley 9.) [30] On appelle communément el Tostado (le brûlé, le hâlé) don Alonzo de Madrigal, évêque d'Avila, sous Jean II. Quoiqu'il fût mort encore jeune, en 1550, il laissa vingt-quatre volumes in-folio d'oeuvres latines, et à peu près autant d'oeuvres espagnoles, sans compter les travaux inédits. Aussi son nom était-il demeuré proverbial dans le sens que lui donne don Quichotte. [31] Ce rôle fut appelé successivement _hobo, simple, donaire, _et enfin gracioso. [32] Cette pensée est de Pline l'Ancien ; elle est rapportée dans une lettre de son neveu. (Lib. III, epist. v.) Don Diego de Mendoza la cite dans le prologue de son _Lazarillo de Tormès, _et Voltaire l'a répétée plusieurs fois. [33] La citation n'est pas exacte. Horace a dit : Quandoque bonus dormitat Homerus. [34] _Ecclésiaste. _chap. X, vers. 15. [35] Cervantes n'avait pas oublié de mentionner le voleur ; il a dit positivement que c'est Ginès de Passamont ; mais il oubliait le vol lui-même. Voyez tome I, note du chapitre XXIII de la première partie. [Cette note est la suivante : Il paraît que Cervantès ajouta après coup, dans ce chapitre, et lorsqu'il avait écrit déjà les deux suivants, le vol de l'âne de Sancho par Ginès de Passamont. Dans la première édition du _Don Quichotte, _il continuait, après le récit du vol, à parler de l'âne comme s'il n'avait pas cessé d'être en la possession de Sancho, et il disait ici : « Sancho s'en allait derrière son maître, assis sur son âne à la manière des femmes… » Dans la seconde édition, il corrigea cette inadvertence, mais incomplétement, et la laissa subsister en plusieurs endroits. Les Espagnols ont religieusement conservé son texte, et jusqu'aux disparates que forme cette correction partielle. J'ai cru devoir les faire disparaître, en gardant toutefois une seule mention de l'âne, au chapitre XXV. L'on verra, dans la seconde partie du _Don Quichotte, _que Cervantès se moque lui-même fort gaiement de son étourderie, et des contradictions qu'elle amène dans le récit.] [36] _Orlando furioso, _canto XXVII. [37] Depuis les hennissements du cheval de Darius, qui lui donnèrent la couronne de Perse, et ceux du cheval de Denis le Tyran, qui lui promirent celle de Syracuse, les faiseurs de pronostics ont toujours donné à cet augure un sens favorable. Il était naturel que don Quichotte tirât le même présage des hennissements de Rossinante, lesquels signifiaient sans doute qu'on laissait passer l'heure de la ration d'orge. [38] L'Aragon était sous le patronage de saint Georges, depuis la bataille d'Alcoraz, gagnée par Pierre Ier sur les Mores, en 1096. Une confrérie de chevaliers s'était formée à Saragosse pour donner des joutes trois fois l'an, en l'honneur du saint. On appelait ces joutes justas del arnes. [39] _Santiago, y cierra Espana, _vieux cri de guerre en usage contre les Mores. [40] La qualité de vieux chrétien était une espèce de noblesse qui avait aussi ses privilèges. D'après les statuts de Limpieza (pureté de sang), établis dans les quinzième et seizième siècles, les nouveaux convertis ne pouvaient se faire admettre ni dans le clergé, ni dans les emplois publics, ni même dans certaines professions mécaniques. À Tolède, par exemple, on ne pouvait entrer dans la corporation des tailleurs de pierre qu'après avoir fait preuve de pureté de sang. [41] Le goût des _acrostiches _avait commencé, dès le quatrième siècle, dans la poésie latine ; il passa aux langues vulgaires, et se répandit notamment en Espagne. On l'y appliquait aux choses les plus graves. Ainsi, les sept premières lettres des _sept Partidas, _ce code monumental d'Alphonse le Savant, forment le nom d'_Alfonso. _Entre autres exemples d'_acrostiches, _je puis citer une octave de Luis de Tovar, recueillie dans le Cancionero general castellano :

Feroz sin consu_elo y sa_ñuda dama,
Remedia el trabajo _a na_die credero
A quien le si_guio mar_tirio tan fiero
Nos seas _leon, o re_ina, pues t'ama.
Cien males se do_blan ca_da hora en que pene,
Y en ti de tal gu_isa bel_dad pues se asienta,
Non seas cru_el en a_si dar afrenta
Al que por te _amar y a _vida no tiene.

Il y a dans cette pièce singulière, outre le nom de _Francina, _qui forme l'_acrostiche, _les noms de huit autres dames : Eloisa, Ana, Guiomar, Leonor, Blanca, Isabel, Elena, Maria. [42] Les commentateurs se sont exercés à découvrir quels pouvaient être ces trois poëtes que possédait alors l'Espagne, en supposant que Cervantes se fût désigné lui- même sous le nom de demi-poëte. Don Grégorio Mayans croit que ce sont Alonzo de Ercilla, Juan Rufo, et Cristoval Viruès, auteur des poëmes intitulés _Araucana, Austriada _et Monserate. (Voir les notes du chapitre VI, livre I, 1ère partie.) Dans son _Voyage au Parnasse, _Cervantes fait distribuer neuf couronnes par Apollon. Les trois couronnes qu'il envoie à Naples sont évidemment pour Quevedo et les deux frères Leonardo de Argensola ; les trois qu'il réserve à l'Espagne, pour trois poëtes _divins, _sont probablement destinées à Francisco de Figuéroa, Francisco de Aldana, et Hernando de Herréra, qui reçurent tous trois ce surnom, mais à différents titres. [43] Dulcinea del Toboso. [44] Castellanas de a cuatro versos. [45] C'est à cause de cette manière de parler, et de ce que dira plus bas Sancho, que le traducteur de cette histoire tient le présent chapitre pour apocryphe. [46] Plusieurs anciens _romances, _très-répandus dans le peuple, racontent l'histoire de l'infante doña Urraca, laquelle, n'ayant rien reçu dans le partage des biens de la couronne que fit le roi de Castille Ferdinand Ier à ses trois fils Alfonso, Sancho et Garcia (1066), prit le bourdon du pèlerin, et menaça son père de quitter l'Espagne. Ferdinand lui donna la ville de Zamora. [47] Jeu de mots entre _almohadas, _coussins, et _Almohades, _nom de la secte et de la dynastie berbère qui succéda à celle des Almoravides, dans le douzième siècle. [48] On peut voir, dans Ducange, aux mots _Duellum _et _Campiones, _toutes les lois du duel auxquelles don Quichotte fait allusion, et le serment que la pragmatique sanction de Philippe le Bel, rendue en 1306, ordonnait aux chevaliers de prêter avant le combat. [49] Palmérin d'Olive, don Florindo, Primaléon, Tristan de Léonais, Tirant le Blanc, etc. [50] Vêtement des condamnés du saint-office. C'était une espèce de mantelet ou scapulaire jaune avec une croix rouge en sautoir. _San-benito _est un abréviatif de _saco bendito, _cilice bénit. [51] Dans cette tirade et dans le reste du chapitre, don Quichotte mêle et confond toujours, sous le nom commun de _cavalleros, _les chevaliers et les gentilhommes. [52] Othman, premier fondateur de l'empire des Turcs, au quatorzième siècle, fut, dit-on, berger, puis bandit. [53] Horace avait dit :

Nos numerus sumus et fruges consumere nati. (Lib. I, epist. I.) [54] Garcilaso de la Vega. Les vers cités par don Quichotte sont de l'élégie adressée au duc d'Albe sur la mort de son frère don Bernardino de Toledo. [55] L'oraison de sainte Apolline _(santa Apolonia) _était un de ces _ensalmos _ou paroles magiques pour guérir les maladies, fort en usage au temps de Cervantes. Un littérateur espagnol, don Francisco Patricio Berguizas, a recueilli cette oraison de la bouche de quelques vieilles femmes d'Esquivias, petite ville de Castille qu'habita Cervantes après son mariage. Elle est en petits vers, comme une _seguidilla ; en voici la traduction littérale : « À la porte du ciel Apolline était, et la vierge Marie par là passait. « Dis, Apolline, qu'est-ce que tu as ? Dors-tu, ou veilles-tu ? - Ma dame, je ne dors ni ne veille, car d'une douleur de dents je me sens mourir. - Par l'étoile de Vénus et le soleil couchant, par le très-saint sacrement, que j'ai porté dans mon ventre, qu'aucune dent du fond ou de devant (muela ni diente) _ne te fasse mal désormais. » [56] Il y a dans l'original une _grâce _intraduisible. À la fin de la phrase qui précède, Sancho dit, au lieu de rata por cantidad (au prorata, au marc la livre), _gata por cantidad. Alors don Quichotte, jouant sur les mots, lui répond : « Quelquefois il arrive qu'une chatte (gata) est aussi bonne qu'une rate (rata). » _Et Sancho réplique : « Je gage que je devais dire _rata _et non _gata ; _mais qu'importe… etc. » [57] L'original dit _revolear (vautrer), _pour revocar. [58] L'usage des pleureuses à gages dans les enterrements, qui semble avoir cessé au temps de Cervantes, était fort ancien en Espagne. On trouve dans les Partidas (tit. IV, ley 100) des dispositions contre les excès et les désordres que commettaient, aux cérémonies de l'église, ces pleureuses appelées _lloraderas, plañideras, endechaderas. _On trouve dans celui des _romances du Cid où ce guerrier fait son testament (n° 96) : « Item, _j'ordonne qu'on ne loue pas de _plañideras _pour me pleurer ; il suffit de celles de ma Ximène, sans que j'achète d'autres larmes. » [59] Garcilaso de la Vega. Ces vers sont dans la troisième églogue :

De cuatro ninfas, que del Tajo amado Salieron juntas, a cantar me ofresco, etc. [60] Le Panthéon, élevé par Marcus Agrippa, gendre d'Auguste, et consacré à Jupiter vengeur. [61] Cervantes se trompe. Suétone, d'accord avec Plutarque, dit au contraire que ce fut un augure favorable qui décida César à passer le Rubicon, et à dire : _Le sort en est jeté. (Vita Caesaris, _cap. XXXI et XXXII.) [62] Jeu de mots, fort gracieux dans la bouche de Sancho, sur le nom de _Julio, _qui veut dire Jules et juillet, et d'_Augusto, _Auguste, qui, avec un léger changement, _agosto, _signifie août. Ce jeu de mots passerait fort bien en français, si l'on eût suivi l'exemple de Voltaire, et que le mois d'août fût devenu le mois d'Auguste. [63] C'est l'obélisque égyptien, placé au centre de la colonnade de Saint-Pierre, par ordre de Sixte-Quint, en 1586. Cervantes, qui avait vu cet obélisque à la place qu'il occupait auparavant, suppose à tort qu'il fut destiné à recevoir les cendres de César. Il avait été amené à Rome sous l'empereur Caligula. (Pline, livre XVI, chap. XI.) [64] Cervantes avait pu voir, à l'âge de dix-huit ans, la pompeuse réception que fit le roi Philippe II, en novembre 1565, aux ossements de saint Eugène, que Charles IX lui avait donnés en cadeau. [65] Sans doute saint Diego de Alcala, canonisé par Sixte-Quint, en 1588, et saint Pierre de Alcantara, mort en 1562. [66] Media noche era por filo, etc. C'est le premier vers d'un vieux _romance, celui du comte Claros de Montalvan, qui se trouve dans la collection d'Anvers. [67] Nom des palais arabes (al-kasr). _Ce mot a, dans l'espagnol, une signification encore plus relevée que celui de palacio. [68] Mala la hovistes, Franceses, _La caza de Roncesvalles, _etc.

Commencement d'un _romance _très-populaire et très- ancien, qui se trouve dans le _Cancionero _d'Anvers. [69] _Romance _du même temps et recueilli dans la même collection. Ce _romance _du More Calaïnos servait à dire proverbialement ce qu'exprime notre mot : « C'est comme si vous chantiez. » [70] Mensagero sois, amigo, Non mereceis culpa, non.