Vers d'un ancien _romance _de Bernard del Carpio, répétés depuis dans plusieurs autres _romances, _et devenus très-populaires. [71] O diem laetum notandumque mihi candidissimo calculo ? (Plin., lib. VI, ep. XI.) [72] _Xo, que te estrego, burra de mi suegro, expression proverbiale très ancienne, et en jargon villageois. [73] Il y a, dans cette phrase, plusieurs hémistiches pris à Garcilaso de la Vega, que don Quichotte se piquait de savoir par coeur. [74] « Les physionomistes, dit Covarrubias (Tesoro de la lengua castellana, _au mot _lunar), _jugent de ces signes, et principalement de ceux du visage, en leur donnant correspondance aux autres parties du corps. Tout cela est de l'enfantillage… » [75] Dans l'original, le jeu de mots roule sur lunares (signes, taches de naissance), et lunas (lunes). [76] _Silla a la gineta. _C'est la selle arabe, avec deux hauts montants ou arçons, l'un devant, l'autre derrière. [77] Cervantes voulait en effet conduire son héros aux joutes de Saragosse ; mais quand il vit que le plagiaire Avellaneda l'avait fait assister à ces joutes, il changea d'avis, comme on le verra au chapitre LIX. [78] _Angulo el Malo. _Cet Angulo, né à Tolède, vers 1550, fut célèbre parmi ces directeurs de troupes ambulantes qui composaient les farces de leur répertoire, et qu'on appelait _autores. _Cervantes parle également de lui dans le Dialogue des chiens : « De porte en porte, dit Berganza, nous arrivâmes chez un auteur de comédies, qui s'appelait, à ce que je me rappelle, Angulo el Malo, pour le distinguer d'un autre Angulo, non point _autor, _mais comédien, le plus gracieux qu'aient eu les théâtres. » [79] C'était sans doute une de ces comédies religieuses, appelées _autos sacramentales, _qu'on jouait principalement pendant la semaine de la Fête-Dieu. On élevait alors dans les rues des espèces de théâtres en planches, et les comédiens, traînés dans des chars avec leurs costumes, allaient jouer de l'un à l'autre. C'est ce qu'ils appelaient dans le jargon des coulisses du temps, faire les chars (hacer los carros). [80] _Autor. _Ce mot ne vient pas du latin _auctor, _mais de l'espagnol _auto, _acte, représentation. [81] Il y a dans l'original la _Caràtula _et la _Farandula, _deux troupes de comédiens du temps de Cervantes. [82] Philippe III avait ordonné, à cause des excès commis par ces troupes ambulantes, qu'elles eussent à se pourvoir d'une licence délivrée par le conseil de Castille. C'est cette licence qu'elles appelaient leur _titre (titulo), _comme si c'eût été une charte de noblesse. [83] No hay amigo para amigo, Las cañas se vuelven lanzas.

Ces vers sont extraits du _romance _des Abencerrages et des Zégris, dans le roman de Ginès Perez de Hita, intitulé Histoire des guerres civiles de Grenade. [84] Il y a dans l'original : « De l'ami à l'ami, la punaise dans l'oeil. » Ce proverbe n'aurait pas été compris, et j'ai préféré y substituer une expression française qui offrît le même sens avec plus de clarté. [85] Dans tout ce passage, Cervantes ne fait autre chose que copier Pline le naturaliste. Celui-ci, en effet, dit expressément que les hommes ont appris des grues la vigilance (lib. X, cap. XXIII), des fourmis la prévoyance (lib. XI, cap. XXX), des éléphants la pudeur (lib. VIII, cap. V), du cheval la loyauté (lib. VIII, cap. XL), du chien le vomissement (lib. XXIX. cap. IV) et la reconnaissance (lib. VIII, cap. XL). Seulement l'invention que Cervantes donne à la cigogne, Pline l'attribue à l'ibis d'Égypte (lib. VIII, cap. XXVII). Il dit encore que la saignée et bien d'autres remèdes nous ont été enseignés par les animaux. Sur la foi du naturaliste romain, on a longtemps répété ces billevesées dans les écoles. [86] Saint Matthieu, cap. XII, vers. 34. [87] _In sudore vultus tui vesceris pane. __(Genes., _cap. III.) [88] On avait vu en Espagne, du douzième au seizième siècle, une foule de prélats à la tête des armées, tels que le célèbre Rodrigo Ximenez de Rada, archevêque, général et historien. Dans la guerre des _Comuneros, _en 1520, il s'était formé un bataillon de prêtres, commandé par l'évêque de Zamora. [89] Il y a dans l'original une expression qu'on ne peut plus écrire depuis Rabelais, et de laquelle on faisait alors un si fréquent usage en Espagne, qu'elle y était devenue une simple exclamation. [90] Cette phrase contient un jeu de mots sur l'adjectif _cruda, _qui veut dire crue et cruelle, puis une allusion assez peu claire, du moins en français, sur le déguisement et la feinte histoire de son chevalier. [91] Saint Matthieu, cap. XV, vers. 14. [92] Dans la nouvelle du _Licencié Vidriéra, _Cervantes cite également, parmi les vins les plus fameux, celui de la ville plus impériale que royale (Real Ciudad), salon du dieu de la gaieté. [93] Cette histoire plaisait à Cervantes, car il l'avait déjà contée dans son intermède _la Elecion de los Alcaldes de Daganzo, _où le régidor Alonzo Algarroba en fait le titre du candidat Juan Barrocal au choix des électeurs municipaux :

En mi casa probó, los dias pasados, Una tinaja, etc.

[94] La Vandalie est l'Andalousie. L'ancienne Bétique prit ce nom lorsque les Vandales s'y établirent dans le cinquième siècle ; et de _Vandalie _ou _Vandalicie, _les Arabes, qui n'ont point de v dans leur langue, firent Andalousie. [95] La _Giralda _est une grande statue de bronze qui représente, d'après les uns la Foi, d'après les autres la Victoire, et qui sert de girouette à la haute tour arabe de la cathédrale de Séville. Son nom vient de _girar, _tourner. Cette statue a quatorze pieds de haut et pèse trente-six quintaux. Elle tient dans la main gauche une palme triomphale, et dans la droite un drapeau qui indique la direction du vent. C'est en 1568 qu'elle fut élevée au sommet de la tour, ancien observatoire des Arabes, devenu clocher de la cathédrale lors de la conquête de saint Ferdinand, en 1248. [96] On appelle _los Toros de Guisando _quatre blocs de pierre grise, à peu près informes, qui se trouvent au milieu d'une vigne appartenant au couvent des Hiéronymites de Guisando, dans la province d'Avila. Ces blocs, qui sont côte à côte et tournés au couchant, ont douze à treize palmes de long, huit de haut et quatre d'épaisseur. Les taureaux de Guisando sont célèbres dans l'histoire de l'Espagne, parce que c'est là que fut conclu le traité dans lequel Henri IV, après sa déposition par les cortès d'Avila, en 1474, reconnut pour héritière du trône sa soeur Isabelle la Catholique, à l'exclusion de sa fille Jeanne, appelée la Beltrañeja.

On rencontre dans plusieurs endroits de l'Espagne, à Ségovie, à Toro, à Ledesma, à Baños, à Torralva, d'autres blocs de pierre, qui représentent grossièrement des taureaux ou des sangliers. Quelques-uns supposent que ces anciens monuments sont l'oeuvre des Carthaginois ; mais les érudits ont fait de vains efforts pour en découvrir l'origine. [97] À l'un des sommets de la Sierra de Cabra, dans la province de Cordoue, est une ouverture, peut-être le cratère d'un volcan éteint, que les gens du pays appellent _Bouches de l'Enfer. En 1683, quelqu'un y descendit, soutenu par des cordes, pour en retirer le cadavre d'un homme assassiné. On a conjecturé, d'après sa relation, que la caverne de Cabra doit avoir quarante-trois aunes (varas) _de profondeur. [98] Les deux vers cités par Cervantes sont empruntés, quoique avec une légère altération, au poëme de la _Araucana _de Alonzo de Ercilla :

Pues no es el vencedor mas estimado De aquello en que el vencido es reputado L'archiprêtre de Hita avait dit, au quatorzième siècle : El vencedor ha honra del precio del vencido, Su loor es atanto cuanto es el debatido.

[99] Dans les duels, les Espagnols appellent _parrains _les témoins ou seconds. [100] C'était l'amende ordinaire imposée aux membres d'une confrérie qui s'absentaient les jours de réunion. [101] _A esto vos respondemos, _ancienne formule des réponses que faisaient les rois de Castille aux pétitions des cortès. Cela explique la fin de la phrase, qui est aussi en style de formule. [102] Senza che tromba ô segno altro accenasse,

dit Arioste, en décrivant le combat de Gradasse et de Renaud pour l'épée Durindane et le cheval Bayard (Canto XXXIII, str. LXXIX.) [103] C'est de là sans doute que Boileau prit occasion de son épigramme :

Tel fut ce roi des bons chevaux, Rossinante, la fleur des coursiers d'Ibérie, Qui, trottant jour et nuit et par monts et par vaux, Galopa, dit l'histoire, une fois en sa vie.

[104] Dans cette aventure si bien calquée sur toutes celles de la chevalerie errante, Cervantes use des richesses et des libertés de sa langue, qui, tout en fournissant beaucoup de mots pour une même chose, permet encore d'en inventer. Pour dire l'écuyer au grand nez, il a _narigudo, narigante, narizado ; _et quand le nez est tombé, il l'appelle _desnarigado. _À tous ces termes comiques, nous ne saurions opposer aucune expression analogue. [105] Le mot _algebrista _vient de _algebrar, _qui, d'après Covarrubias, signifiait, dans le vieux langage, _l'art de remettre les os rompus. _On voit encore, sur les enseignes de quelques barbiers-chirurgiens, algebrista y sangrador. [106] Le _gaban _était un manteau court, fermé, avec des manches et un capuchon, qu'on portait surtout en voyage. [107] Il faudrait supposer à Cervantes, pauvre et oublié, je ne dirai pas bien de la charité chrétienne, mais bien de la simplicité ou de la bassesse, pour que cette phrase ne fût pas sous sa plume une sanglante ironie. On a vu à la note 4 du chapitre XXXVII, de la première partie, quel sens a le mot _lettres _en espagnol. [108] Cervantes avait déjà dit, dans sa nouvelle la Gitanilla de Madrid : « La poésie est une belle fille, chaste, honnête, discrète, spirituelle, retenue… Elle est amie de la solitude ; les fontaines l'amusent, les prés la consolent, les arbres la désennuient, les fleurs la réjouissent, et finalement elle charme et enseigne tous ceux qui l'approchent. » [109] Lope de Vega a répété littéralement la même expression dans le troisième acte de sa _Dorotea. _Il a dit également dans la préface de sa comédie _El verdadero amante, _adressée à son fils : « J'ai vu bien des gens qui, ne sachant pas leur langue, s'enorgueillissent de savoir le latin, et méprisent tout ce qui est langue vulgaire, sans se rappeler que les Grecs n'écrivirent point en latin, ni les latins en grec… Le véritable poëte, duquel on a dit qu'il y en a un par siècle, écrit dans sa langue, et y est excellent, comme Pétrarque en Italie, Ronsard en France, et Garcilaso en Espagne. » [110] _Nascuntur poetae, fiunt oratores, _a dit Quintilien. [111] Ovide, _Art d'aimer, liv. _III, v. 547 ; et _Fastes, _liv. VI, v. 6. [112] Allusion à l'exil d'Ovide, qui fut envoyé, non dans les îles, mais sur la côte occidentale du Pont. Ce ne fut pas non plus pour une parole maligne, mais pour un regard indiscret, qu'il fut exilé :