Inscia quod crimen viderunt lumina, plector ; Peccatumque oculos est habuisse meum. [113] Les anciens croyaient, et Pline avec eux, que le laurier préservait de la foudre. Suétone dit de Tibère : Et turbatiore coelo nunquam non coronam lauream capite gestavit, quod fulmine adflari negetur id genus frondis. (Cap. LXIX.) [114] On appelait _épées du petit chien (espadas del Perillo), _à cause de la marque qu'elles portaient, les épées de la fabrique de Julian del Rey, célèbre armurier de Tolède et Morisque de naissance. Les lames en étaient courtes et larges. Depuis la conquête de Tolède par les Espagnols sur les Arabes (1085), cette ville fut pendant plusieurs siècles la meilleure fabrique d'armes blanches de toute la chrétienté. C'est là que vécurent, outre Julian del Rey, Antonio Cuellar, Sahagun et ses trois fils, et une foule d'autres armuriers dont les noms étaient restés populaires. En 1617, Cristobal de Figuéroa, dans son livre intitulé : _Plaza universal de ciencias y artes, comptait par leurs noms jusqu'à dix-huit fourbisseurs célèbres établis dans la même ville, et l'on y conserve encore, dans les archives de la municipalité, les marques ou empreintes (cuños) _de quatre-vingt-dix-neuf fabricants d'armes. Il n'y en a plus un seul maintenant, et l'on a même perdu la trempe dont les Mozarabes avaient donné le secret aux Espagnols. (Voir mon _Histoire des Arabes et des Mores d'Espagne, _vol. II, chap. II.) [115] Ainsi Amadis de Gaule, que don Quichotte prenait pour modèle, après s'être également appelé _le chevalier des Lions, _s'appela successivement le chevalier Rouge, le chevalier de l'Île-Ferme, le chevalier de la Verte-Épée, le chevalier du Nain et le chevalier Grec. [116] Les histoires chevaleresques sont remplies de combats de chevaliers contre des lions. Palmérin d'Olive les tuait _comme s'ils eussent été des agneaux, _et son fils Primaléon n'en faisait pas plus de cas. Palmérin d'Angleterre combattit seul contre deux tigres et deux lions ; et quand le roi Périon, père d'Amadis de Gaule, veut combattre un lion qui lui avait pris un cerf à la chasse, il descend de son cheval, qui, _épouvanté, ne voulait pas aller en avant. _Mais don Quichotte avait pu trouver ailleurs que dans ces livres un exemple de sa folle action. On raconte que, pendant la dernière guerre de Grenade, les rois catholiques ayant reçu d'un émir africain un présent de plusieurs lions, des dames de la cour regardaient du haut du balcon ces animaux dans leur enceinte. L'une d'elles, que _servait _le célèbre don Manuel Ponce, laissa tomber son gant, exprès ou par mégarde. Aussitôt don Manuel s'élança dans l'enceinte l'épée à la main, et releva le gant de sa maîtresse. C'est à cette occasion que la reine Isabelle l'appela don Manuel Ponce de _Léon, _nom que ses descendants ont conservé depuis, et c'est pour cela que Cervantes appelle don Quichotte _nouveau Ponce de Léon. _Cette histoire est racontée par plusieurs chroniqueurs, entre autres par Perez de Hita dans un de ses _romances. (Guerras civiles de Grenada, _cap. XVII.)
¡ O el bravo don Manuel, Ponce de Leon llamado, Aquel que sacará el guante, Que por industria fue echado Donde estaban los leones, Y ello sacó muy osado !
[117] Avant d'être abandonnées à des gladiateurs à gages, les courses de taureaux furent longtemps, en Espagne, l'exercice favori de la noblesse, et le plus galant divertissement de la cour. Il en est fait mention dans la chronique latine d'Alphonse VII, où l'on rapporte les fêtes données à Léon, en 1144, pour le mariage de l'infante doña Urraca avec don Garcia, roi de Navarre : _Alii, latratu canum provocatis tauris, protento venabulo occidebant… _Depuis lors, la mode en devint générale, des règles s'établirent pour cette espèce de combat, et plusieurs gentilshommes y acquirent une grande célébrité. Don Luis Zapata, dans un curieux chapitre de sa _Miscelanea, _intitulé de _toros y toreros, _dit que Charles- Quint lui-même combattit à Valladolid, devant l'impératrice et les dames, _un grand taureau noir nommé Mahomet. _Les accidents étaient fort communs, et souvent le sang des hommes rougissait l'arène. Les chroniqueurs sont pleins de ces récits tragiques, et il suffit de citer les paroles du P. Pédro Guzman, qui disait, dans son livre Bienes del honesto trabajo (discurso V) : « Il est avéré qu'en Espagne il meurt, dans ces exercices, une année dans l'autre, deux à trois cents personnes… » Mais ni les remontrances des cortès, ni les anathèmes du saint-siège, ni les tentatives de prohibition faites par l'autorité royale, n'ont pu seulement refroidir le goût forcené qu'ont les Espagnols pour les courses de taureaux. [118] La différence qu'il y avait entre les joutes _(justas) et les tournois (torneos), _c'est que, dans les joutes, on combattait _un à un, _et, dans les tournois, de _quadrille à quadrille. _Les joutes, d'ailleurs, n'étaient jamais qu'un combat à cheval et à la lance ; les tournois, nom général des exercices chevaleresques, comprenaient toute espèce de combat. [119] Cervantes met ici dans la bouche de don Quichotte deux vers populaires qui commencent le dixième sonnet de Garcilaso de la Vega :
¡ O dulces prendas, por mi mal halladas ! Dulces y alegres cuando Dios queria.
Ces vers sont imités de Virgile (AEn., lib. IV) :
Dulces exuviae, dum fata deusque sinebant.
[120] Les joutes littéraires étaient encore fort à la mode au temps de Cervantes, qui avait lui-même, étant à Séville, remporté le premier prix à un concours ouvert à Saragosse pour la canonisation de saint Hyacinthe, et qui concourut encore, vers la fin de sa vie, dans la joute ouverte pour l'éloge de sainte Thérèse. Il y eut, à la mort de Lope de Vega, une joute de cette espèce pour célébrer ses louanges, et les meilleures pièces du concours furent réunies sous le titre de _Fama postuma. - _Cristoval Suarez de Figuéroa dit, dans son _Pasagero (Alivio _3) : « Pour une joute qui eut lieu ces jours passés en l'honneur de saint Antoine de Padoue, cinq mille pièces de vers sont arrivées au concours ; de façon qu'après avoir tapissé deux cloîtres et la nef de l'église avec les plus élégantes de ces poésies, il en est resté de quoi remplir cent autres monastères. » [121] En espagnol _el pege Nicolas, _en italien _pesce Cola. C'est le nom qu'on donnait à un célèbre nageur du quinzième siècle, natif de Catane en Sicile. Il passait, dit-on, sa vie plutôt dans l'eau que sur terre, et périt enfin en allant chercher, au fond du golfe de Messine, une tasse d'or qu'y avait jetée le roi de Naples don Fadrique. Son histoire, fort populaire en Italie et en Espagne, est pourtant moins singulière que celle d'un homme né au village de Lierganès, près de Santander, en 1660, et nommé Francisco de la Vega Casar. Le P. Feijoo, contemporain de l'événement, raconte, en deux endroits de ses ouvrages (Teatro critico et Cartas)_, que cet homme vécut plusieurs années en pleine mer, que des pêcheurs de la baie de Cadix le prirent dans leurs filets, qu'il fut ramené dans son pays, et qu'il s'échappa de nouveau, au bout de quelque temps, pour retourner à la mer, d'où il ne reparut plus. [122] _Nemo duplici potest amore ligari, _dit un des canons du _Statut d'Amour, _rapporté par André, chapelain de la cour de France au treizième siècle, dans son livre de Arte amandi (cap. XIII). [123] La _glose, _espèce de jeu d'esprit dans le goût des acrostiches, dont Cervantes donne un exemple et fait expliquer les règles par don Quichotte, était, au dire de Lope de Vega, une _très-ancienne composition, propre à l'Espagne et inconnue des autres nations. _On en trouve, en effet, un grand nombre dans le _Cancionero general, _qui remonte au quinzième siècle. On proposait toujours pour objet de la glose des vers difficiles non-seulement à placer à la fin des strophes, mais même à comprendre clairement. [124] Il y a dans cette phrase une moquerie dirigée contre quelque poëte du temps, mais dont on n'a pu retrouver la clef. [125] Cervantes a voulu sans doute montrer ici l'exagération si commune aux louangeurs, et l'on ne peut croire qu'il se soit donné sérieusement à lui-même de si emphatiques éloges. Il se rendait mieux justice, dans son _Voyage au Parnasse, _lorsqu'il disait de lui-même : « Moi qui veille et travaille sans cesse pour sembler avoir cette _grâce _de poëte que le ciel n'a pas voulu me donner… » [126] Don Quichotte applique aux chevaliers errants le _Parcere subjectis et debellare superbos _que Virgile attribuait au peuple romain. [127] On appelait _danses à l'épée (danzas de espadas) _certaines évolutions que faisaient, au son de la musique, des quadrilles d'hommes vêtus en toile blanche et armés d'épées nues. - Les _danses aux petits grelots (danzas de cascabel menudo) _étaient dansées par des hommes qui portaient aux jarrets des colliers de grelots, dont le bruit accompagnait leurs pas. Ces deux danses sont fort anciennes en Espagne. [128] On appelait _danseurs aux souliers (zapateadores) _ceux qui exécutaient une danse de village, dans laquelle ils marquaient la mesure en frappant de la main sur leurs souliers. [129] _Cada oveja con su pareja. __Pareja _signifie la moitié d'une paire. [130] On appelle _tierra de Sayago un district dans la province de Zamora où les habitants ne portent qu'un grossier sayon (sayo) _de toile, et dont le langage n'est pas plus élégant que le costume. - Alphonse le Savant avait ordonné que, si l'on n'était pas d'accord sur le sens ou la prononciation de quelque mot castillan, on eût recours à Tolède comme au mètre de la langue espagnole. [131] _Hecho rabos de pulpo _est une expression proverbiale qui s'applique à des habits déchirés. [132] _Tinajas, _espèce de grandes terrines où l'on conserve le vin, dans la Manche, faute de tonneaux. [133] Les danses _parlantes (danzas habladas) _étaient, comme l'explique la description qui va suivre, des espèces de pantomimes mêlées de danses et de quelques chants ou récitatifs. [134] _Alcancias. _On nommait ainsi des boules d'argile, grosses comme des oranges, qu'on remplissait de fleurs ou de parfums, et quelquefois de cendre ou d'eau, et que les cavaliers se jetaient dans les évolutions des tournois. C'était un jeu arabe imité par les Espagnols, qui en avaient conservé le nom. [135] La grand'mère de Sancho citait un ancien proverbe espagnol, que le poëte portugais Antonio Enriquez Gomez a paraphrasé de la manière suivante : El mundo tiene dos linages solos En entrambos dos polos. _Tener esta _en Oriente, _Y no tener asiste en Occidente. (Academia III, vista _2.) [136] Allusion à la sentence si connue d'Horace : _Pallida mors, _etc. [137] On appelait ainsi des lames de métal, espèces de médailles bénites, que portaient anciennement les dames espagnoles, en guise de collier, et qui, dès le temps de Cervantès, n'étaient plus en usage que parmi les femmes de la campagne. [138] Les bancs de sable qui bordent la côte des Pays-Bas étaient fort redoutés des marins espagnols. Les dangers qu'on courait dans ces parages, et l'habileté qu'il fallait pour s'en préserver, avaient fait dire proverbialement, pour résumer l'éloge d'une personne recommandable, qu'elle pouvait passer par les bancs de Flandre. Comme le mot espagnol _banco _signifia également _banque, _Lope de Vega dit ironiquement du _maestro _Burguillos (nom sous lequel il se cachait), qu'on lui avait payé ses compositions, dans une joute littéraire, en une traite de deux cents écus sur les _bancs _de Flandre. C'est sans doute aussi par une équivoque sur le double sens du mot _banco _que Filleau de Saint-Martin traduit ce passage en disant de Quitéria : Je ne crois pas qu'on la refusât à la banque de Bruxelles. [139] Il y a dans cette phrase une allusion à la parabole qu'adressa le prophète Nathan à David, après le rapt de la femme d'Urias ; et une autre allusion à ces paroles de l'Évangile : Quod Deus conjunxit, homo non separet. (Saint Matthieu, chap. XIX, vers. 6.) [140] Après leur sortie d'Égypte, les Israélites disaient dans le désert : Quando sedebamus super ollas carnium et comedebamus panem in saturitate. (Exode, chap. XVI.) [141] Mulier diligens corona est viro suo. (Prov.) [142] On a parlé, dans les notes précédentes, de la Giralda et des taureaux de Guisando. - L'Ange de la Madeleine est une figure informe placée en girouette sur le clocher de l'église de la Madeleine, à Salamanque. - L'égout de Vécinguerra conduit les eaux pluviales des rues de Cordoue au Guadalquivir. Les fontaines de _Léganitos, _etc., étaient toutes situées dans les promenades ou places publiques de Madrid. [143] Il fallait dire Polydore Virgile. C'est le nom d'un savant italien, qui publia, en 1499, le traité De rerum inventoribus. [144] La roche de France est une haute montagne dans le district d'Alberca, province de Salamanque, où l'on raconte qu'un Français nommé Simon Véla découvrit, en 1424, une sainte image de la Vierge. On y a depuis bâti plusieurs ermitages et un couvent de dominicains. - On appelle Trinité de Gaëte une chapelle et un couvent fondés par le roi d'Aragon Ferdinand V, sous l'invocation de la Trinité, au sommet d'un promontoire, en avant du port de Gaëte. [145] D'après les anciens _romances _de chevalerie, recueillis dans le _Cancionero general, _le comte de Grimaldos, paladin français, fut faussement accusé de trahison par le comte de Tomillas, dépouillé de ses biens et exilé de France. S'étant enfui à travers les montagnes avec la comtesse sa femme, celle-ci mit au jour un enfant qui fut appelé Montésinos, et qu'un ermite recueillit dans sa grotte. À quinze ans, Montésinos alla à Paris, tua le traîte Tomillas en présence du roi, et prouva l'innocence de son père, qui fut rappelé à la cour. Montésinos, devenu l'un des douze pairs de France, épousa dans la suite une demoiselle espagnole, nommée Rosa Florida, dame du château de Rocha Frida en Castille. Il habita ce château jusqu'à sa mort ; et l'on donna son nom à la caverne qui en était voisine. Cette caverne, située sur le territoire du bourg appelé la Osa de Montiel, et près de l'ermitage de San-Pédro de Saelicès, peut avoir trente toises de profondeur. L'entrée en est aujourd'hui beaucoup plus praticable que du temps de Cervantes, et les bergers s'y mettent à l'abri du froid ou des orages. Dans le fond du souterrain coule une nappe d'eau assez abondante, qui va se réunir aux lagunes de Ruidéra, d'où sort le Guadiana. [146] Durandart était cousin de Montésinos, et, comme lui, pair de France. D'après les _romances _cités plus haut, il périt dans les bras de Montésinos à la déroute de Roncevaux, et exigea de lui qu'il portât son coeur à sa dame Bélerme. [147] Ce Merlin, le père de la magie chevaleresque, n'était pas de la _Gaule, _mais du pays de _Galles ; _son histoire doit se rattacher plutôt à celle du roi Artus et des paladins de la Table ronde, qu'à celle de Charlemagne et des douze pairs. [148] La réponse de Durandart est tirée des anciens _romances _composés sur son aventure ; mais Cervantes, citant de mémoire, a trouvé plus simple d'arranger les vers et d'en faire quelques-uns que de vérifier la citation. [149] Le Guadiana prend sa source au pied de la Sierra de Alcaraz, dans la Manche. Les ruisseaux qui coulent de ces montagnes forment sept petits lacs, appelés _lagunes de Ruidéra, _dont les eaux se versent de l'un dans l'autre. Au sortir de ces lacs, le Guadiana s'enfonce, l'espace de sept à huit lieues, dans un lit très-profond, caché sous d'abondants herbages, et ne reprend un cours apparent qu'après avoir traversé deux autres lacs qu'on appelle _les yeux (los ojos) de Guadiana. _Pline connaissait déjà et a décrit les singularités de ce fleuve, qu'il appelle _saepius nasci gaudens (Hist. nat., _lib. III, cap. III). C'est sur ces diverses particularités naturelles que Cervantes a fondé son ingénieuse fiction. [150] Expression proverbiale prise aux joueurs, et que j'ai dû conserver littéralement à cause des conclusions qu'en tire, dans le chapitre suivant, le guide de don Quichotte. [151] Ou plutôt Fugger. C'était le nom d'une famille originaire de la Souabe et établie à Augsbourg, où elle vivait comme les Médicis à Florence. La richesse des Fucar était devenue proverbiale ; et en effet, lorsque, à son retour de Tunis, Charles-Quint logea dans leur maison d'Augsbourg, on mit dans sa cheminée du bois de cannelle, et on alluma le feu avec une cédule de payement d'une somme considérable due aux Fucar par le trésor impérial. Quelques membres de cette famille allèrent s'établir en Espagne, où ils prirent à ferme les mines d'argent de Hornachos et de Guadalcanal, celle de vif- argent d'Almaden, etc. La rue où ils demeuraient à Madrid s'appelle encore calle de los Fucares. [152] La relation des prétendus voyages de l'infant don Pedro a été écrite par Gomez de Santisteban, qui se disait un de ses douze compagnons. [153] Les cartes à jouer, d'après Covarrubias, furent appelées _naipes _en Espagne, parce que les premières qui vinrent de France portaient le chiffre N. P., du nom de celui qui les inventa pendant la maladie de Charles VI, Nicolas Pépin. Mais ce fut Jacquemin Gringonneur qui coloria les cartes au temps de Charles VI, et dès longtemps elles étaient inventées et répandues par toute l'Europe. En effet, dans l'année 1333, elles furent prohibées en Espagne par l'autorité ecclésiastique ; de plus, elles sont citées dans notre vieux roman du _Renard contrefait, _que son auteur inconnu écrivit entre 1328 et 1342, ainsi que dans le livre italien _Trattato del governo della famiglia, _par Sandro di Pippozzo di Sandro, publié en 1299. [154] On accordait fort difficilement, du temps de Cervantes, des _licences _pour publier un livre. Le docteur Aldrete, qui fit imprimer à Rome, en 1606, son savant traité _Origen y principio de la lengua castellana, _dit, dans le prologue adressé à Philippe III, qu'on avait alors suspendu en Espagne, _pour certaines causes, _toutes les _licences _d'imprimer des livres nouveaux. [155] Cervantes fait allusion à son protecteur, le comte de Lémos, auquel il dédia la seconde partie du Don Quichotte. [156] _Una sota-ermitaño. _Expression plaisante pour dire la servante de l'ermite, qui s'en faisait le lieutenant. [157] _Una ventaja. _On appelait ainsi un supplément de solde attribué aux soldats de naissance, qui se nommaient _aventajados, _et qui furent depuis remplacés par les cadets. Il s'accordait également pour des services signalés, et c'est ainsi que Cervantes reçut une _ventaja _de don Juan d'Autriche. [158] Officier municipal, échevin. [159] _Albricias, _présent qu'on fait au porteur d'une bonne nouvelle. [160] _Quel poisson prenons-nous ? _Expression italienne prêtée par Cervantes à don Quichotte. [161] _Alzar _ou _levantar figuras judiciarias. _On appelait ainsi, parmi les astrologues, au dire de Covarrubias, la manière de déterminer la position des douze figures du zodiaque, des planètes et des étoiles fixes, à un moment précis, pour tirer un horoscope. [162] Ce n'était pas seulement en Espagne que régnait la croyance à l'astrologie. « En France, dit Voltaire, on consultait les astrologues, et l'on y croyait. Tous les mémoires de ce temps-là… sont remplis de prédictions. Le grave et sévère duc de Sully rapporte sérieusement celles qui furent faites à Henri IV. Cette crédulité… était si accréditée qu'on eut soin de tenir un astrologue caché près de la chambre de la reine Anne d'Autriche, au moment de la naissance de Louis XIV. Ce que l'on croira à peine… c'est que Louis XIII eut, dès son enfance, le surnom de _Juste, parce qu'il était né sous le signe de la Balance. » (Siècle de Louis XIV.) [163] Traducteur, interprète. [Note du correcteur.] [164] « Callaron todos, Tirios _y Troyanos. » C'est le premier vers du second livre de _l'Énéide : Conticuere omnes, _etc., tel qu'il est traduit par le docteur Gregorio Hernandez de Velasco, dont la version, publiée pour la première fois en 1557, était très-répandue dans les universités espagnoles. [165] Ces vers et ceux qui seront cités ensuite sont empruntés aux _romances _du _Cancionero _et de la _Silva de romances, _où se trouve racontée l'histoire de Gaïferos et de Mélisandre. [166] Ce vers est répété dans un _romance _comique, composé sur l'aventure de Gaïferos, par Miguel Sanchez, poëte du dix-septième siècle :
Melisendra esta en Sansueña, Vos en Paris descuidado ; Vos ausente, ella muger ; Harto os he dicho, miradio.
[167] Le roi Marsilio, si célèbre dans la chanson de Roland sous le nom du roi Marsille, était Abd-al-Malek-ben- Omar, wali de Saragosse pour le khalyfe Abdérame Ier ; il défendit cette ville contre l'attaque de Charlemagne. Dans les chroniques du temps, écrites en mauvais latin, on le nomma _Omaris filius, d'où se forma, par corruption, le nom de Marfilius ou Marsilius. (Histoire des Arabes et des Mores d'Espagne, _tome I, chap. III.) [168] La _dulzaïna, _dont on fait encore usage dans le pays de Valence, est un instrument recourbé, d'un son très- aigu. La chirimia (que je traduis par clairon), autre instrument d'origine arabe, est une espèce de long hautbois, à douze trous, d'un son grave et retentissant. [169] Vers de l'ancien romance Como perdió a España el rey don Rodrigo. (Cancionero general.) [170] Il y a trente-quatre maravédis dans le réal. [171] En style familier, prendre la guenon (tomar ou_ coger la mona) _veut dire s'enivrer. [172] No rebuznaron en valde El uno y el otro alcalde. [173] Les alcaldes sont, en effet, élus parmi les régidors. [174] Dans le roman de Persilès et Sigismonde (liv. III, chap. x), Cervantes raconte qu'un alcalde envoya le crieur public _(pregonero) _chercher deux ânes pour promener dans les rues deux vagabonds condamnés au fouet. « Seigneur alcalde, dit le crieur à son retour, je n'ai pas trouvé d'ânes sur la place, si ce n'est les deux régidors Berrueco et Crespo qui s'y promènent. - Ce sont des ânes que je vous envoyais chercher, imbécile, répondit l'alcalde, et non des régidors. Mais retournez et amenez-les-moi : qu'ils se trouvent présents au prononcé de la sentence. Il ne sera pas dit qu'on n'aura pu l'exécuter faute d'ânes : car, grâces au ciel, ils ne manquent pas dans le pays. » [175] Voici le défi de don Diégo Ordoñez, tel que le rapporte un ancien _romance tiré de la chronique du Cid (Cancionero general) :_ « Diégo Ordoñez, au sortir du camp, chevauche, armé de doubles pièces, sur un cheval bai brun ; il va défier les gens de Zamora pour la mort de son cousin (Sancho le Fort), qu'a tué Vellido Dolfos, fils de Dolfos Vellido : « Je vous défie, gens de Zamora, comme traîtres et félons ; je défie tous les morts, et avec eux tous les vivants ; je défie les hommes et les femmes, ceux à naître et ceux qui sont nés ; je défie les grands et les petits, la viande et le poisson, les eaux des rivières, etc., etc. » [176] Les habitants de Valladolid, par allusion à Agustin de Cazalla, qui y périt sur l'échafaud. [177] Les habitants de Tolède. [178] Les habitants de Madrid. [179] Les habitants de Gétafe, à ce qu'on croit. [180] On appelait ainsi une balafre en croix sur le visage. [181] Cette aventure d'une barque enchantée est très- commune dans les livres de chevalerie. On la trouve dans Amadis de Gaule (liv. IV, chap. XII), dans Amadis de Grèce (part. I, chap. VIII), dans Olivante de Laura (liv. II, chap. I), etc., etc. [182] Il y a dans l'original _longincuos, mot pédantesque dont l'équivalent manque en français. [183] L'original dit : « puto _et _gafo, _avec le sobriquet de _meon. » Puto _signifie giton ; _gafo, _lépreux, et _meon, _pisseur. [184] On appelait ainsi la chasse avec le faucon faite à des oiseaux de haut vol, comme le héron, la grue, le canard sauvage, etc. C'était un plaisir réservé aux princes et aux grands seigneurs. [185] Ces expressions prouvent que Cervantes n'a voulu désigner aucun grand d'Espagne de son temps, et que son duc et sa duchesse sont des personnages de pure invention. On a seulement conjecturé, d'après la situation des lieux, que le château où don Quichotte reçoit un si bon accueil est une maison de plaisance appelée Buenavia, située près du bourg de Pédrola en Aragon, et appartenant aux ducs de Villahermosa. [186] Le _don _ou doña, comme le _sir _des Anglais, ne se place jamais que devant un nom de baptême. L'usage avait introduit une exception pour les duègnes, auxquelles on donnait le titre de _doña _devant leur nom de famille. [187] Allusion aux vers du _romance _de Lancelot cités dans la première partie. [188] Au temps de Cervantes, c'était un usage presque général parmi les grands seigneurs d'avoir des confesseurs publics et attitrés, qui remplissaient comme une charge domestique auprès d'eux. Ces favoris en soutane ou en capuchon se bornaient rarement à diriger la conscience de leurs pénitents ; ils se mêlaient aussi de diriger leurs affaires, et se faisaient surtout les intermédiaires de leurs libéralités, au grand préjudice des malheureux et de la réputation des maîtres qu'ils servaient. Tout en censurant ce vice général, Cervantes exerce une petite vengeance particulière. On a pu voir, dans sa _Vie, _qu'un religieux s'était violemment opposé à ce que le duc de Béjar acceptât la dédicace de la première partie du _Don Quichotte. _C'est ce religieux qu'il peint ici. [189] Cet Alonzo de Marañon se noya effectivement à l'Île de la Herradura, sur la côte de Grenade, avec une foule d'autres militaires, lorsqu'une escadre envoyée par Philippe II pour secourir Oran, qu'assiégeait Hassan-Aga, fils de Barberousse, fut jetée par la tempête sur cette île, en 1562. [190] On avait appelé _malandrins, _au temps des croisades, les brigands arabes qui infestaient la Syrie et l'Égypte. Ce mot est resté dans les langues du Midi pour signifier un voleur de grand chemin ou un écumeur de mer, et il est très-fréquemment employé dans les romans de chevalerie. [191] On peut voir, dans la _Miscelanea de don Luis Zapata, le récit d'une plaisanterie à peu près semblable faite à un gentilhomme portugais chez le comte de Benavente. Peut- être Cervantes a-t-il pris là l'idée de la plaisanterie faite à don Quichotte. [192] En plusieurs endroits de la seconde partie de son livre, Cervantes s'efforce de la rattacher à la première, et pour cela il suppose entre elles, non point un laps de dix années, mais seulement un intervalle de quelques jours. [193] Oriane, maîtresse d'Amadis de Gaule, Alastrajarée, fille d'Amadis de Grèce et de Zahara, reine du Caucase, et Madasime, fille de Famongomadan, géant du Lac-Bouillant, sont des dames de création chevaleresque. [194] Nom que donnèrent les chroniques arabes à Florinde, fille du comte don Julien. [195] On appelait ainsi une eau de senteur très à la mode au temps de Cervantes. Il entrait dans la composition de l'eau des anges (Agua de angeles) des roses rouges, des roses blanches, du trèfle, de la lavande, du chèvrefeuille, de la fleur d'oranger, du thym, des oeillets et des oranges. [196] Ce fauteuil du Cid (escaño, _banc à dossier) est celui qu'il conquit à Valence, au dire de sa chronique, sur le petit-fils d'Aly-Mamoun, roi more du pays. [197] Wamba régna sur l'Espagne gothique de 672 à 680. [198] Rodéric, dernier roi goth, vaincu par Thârik à la bataille du Guadaleté, en 711 ou 712. [199] Ya me comen, y a me comen Por do mas pecado había.
Ces vers ne se trouvent pas précisément ainsi dans le _romance _de la pénitence du roi Rodrigue. (Voir le _Cancionero general _de 1555, tome XVI, f° 128.) Ils étaient sans doute altérés par la tradition. [200] Miguel Vérino, probablement né à Mayorque ou à Minorque, mais élevé à Florence, où il mourut à l'âge de dix- sept ans, était l'auteur d'un petit livre élémentaire intitulé : _De puerorum moribus disticha, _qu'on apprenait anciennement aux écoliers. Cervantès, qui dut expliquer les _distiques _de Vérino dans la classe de son maître Juan Lopez de Hoyos, se sera souvenu également de son épitaphe, composée par Politien, et qui commence ainsi :