Verinus Michael florentibus occidit annis, Moribus ambiguum major an ingenio, etc. [201] Sancho se rappelait sans doute ce proverbe : « Si tu plaisantes avec l'âne, il te donnera de sa queue par la barbe. » [202] J'ai transposé les deux phrases qui précèdent pour les mettre dans l'ordre naturel des idées, et je crois n'avoir fait en cela que réparer quelque faute d'impression commise dans la première édition du Don Quichotte. [203] Ce genre de politesse envers les dames n'était pas seulement usité dans les livres de chevalerie, où les exemples en sont nombreux. Mariana rapporte que lorsque l'infante Isabelle, après le traité de _los toros de Guisando, _qui lui assurait la couronne de Castille, se montra dans les rues de Ségovie, en 1474, le roi Henri IV, son frère, prit les rênes de son palefroi pour lui faire honneur. [204] En espagnol _venablo. _On appelait ainsi une espèce de javelot, plus court qu'une lance, qui servait spécialement à la chasse du sanglier. [205] Favila n'est pas précisément un roi goth. Ce fut le successeur de Pélage dans les Asturies. Son règne, ou plutôt son commandement, dura de 737 à 739. [206] Noël, l'Épiphanie, Pâques et la Pentecôte. [207] El _comendador griego. _On appelait ainsi le célèbre humaniste Fernand Nuñez de Guzman, qui professait à Salamanque, au commencement du seizième siècle, le grec, le latin et la rhétorique. On l'appelait aussi _el Pinciano, _parce qu'il était né à Valladolid, qu'on croit être la _Pincia _des Romains. Son recueil de proverbes ne parut qu'après sa mort, arrivée en 1453. Un autre humaniste, Juan de Mallara, de Séville, en fit un commentaire sous le titre de Filosofia vulgar. [208] C'est de là probablement qu'est venu le cri de chasse Hallali ! [209] Mot latin qui était passé, en Espagne, dans le style familier. [210] Ces expressions doivent se rapporter à quelque propos d'un de ces malfaiteurs que l'on promenait dans les rues sur un âne, après les avoir fouettés publiquement. [211] Un carrosse, à l'époque de Cervantes, était le plus grand objet de luxe, et celui que les femmes de haute naissance ambitionnaient le plus. On voyait alors des familles se ruiner pour entretenir ce coûteux objet de vanité et d'envie, et six lois _(pragmaticas) furent rendues dans le court espace de 1578 à 1626, pour réprimer les abus de cette mode encore nouvelle. Ce fut, au dire de Sandoval (Historia de Carlos Quinto, part. II), sous Charles Quint, et dans l'année 1546, que vint d'Allemagne en Espagne le premier carrosse dont on y eût fait usage. Des villes entières accouraient voir cette curiosité, et s'émerveillaient, dit-il, comme à la vue d'un centaure ou d'un monstre. Au reste, la mode des carrosses, fatale aux petites fortunes, était au contraire avantageuse aux grands seigneurs, qui ne sortaient jamais auparavant sans un cortège de valets de tous les étages. C'est une observation que fait un contemporain, don Luis Brochero (Discurso del uso de los coches) : _« Avec la mode des carrosses, dit-il, ils épargnent une armée de domestiques, une avant-garde de laquais et une arrière-garde de pages. » [212] Diverses significations du mot dolorida. [213] Sancho fait ici un jeu de mots sur le nom de la comtesse Trifaldi. _Falda _signifie une basque, un pan de robe. [214] De la dulce mi enemiga Nace un mal que al alma hiere, Y por mas tormento quiere Que se sienta y no se diga.

Ce quatrain est traduit de l'italien. Voici l'original, tel que l'écrivit Serafino Aquillano, mort en 1500, et qu'on nommait alors le rival de Pétrarque :

De la dolce mia nemica Nasce un duol ch'esser non suole : Et per piu tormento vuole Che si senta e non si dica. [215] Ven, muerte, tan escondida Que no te sienta venir, Porque el placer del morir No me torne a dar la vida

Ce quatrain fut d'abord écrit, avec une légère différence dans le second et le troisième vers, par le commandeur Escriba _(Cancionero general de Valencia, _1511). Lope de Vega en fit le sujet d'une glose poétique. [216] Les _seguidillas, _qui commençaient à être à la mode au temps de Cervantes, et qu'on appelait aussi coplas de seguida (couplets à la suite), sont de petites strophes en petits vers, ajustées sur une musique légère et rapide. Ce sont des danses aussi bien que des poésies. [217] À des îles désertes. [218] Région de l'Arabie Heureuse : Totaque thuriferis Panchaia pinguis arenis. [219] Allusion ironique à la célèbre apostrophe de Virgile, lorsque Énée raconte à Didon les malheurs de Troie :

Quis, talia fando, Myrmidonum, Dolopumve, aut duri miles Ulyssei, _Temperet a lacrymis… ? (AEn., _lib. II.) [220] Ces femmes, dont l'office était à la mode au temps de Cervantès, se nommaient alors velleras. [221] Cervantès a pris l'idée de son cheval de bois dans l'_Histoire de la jolie Magalone, fille du roi de Naples, et de Pierre, fils du comte de Provence, _roman chevaleresque, imprimé à Séville en 1533. Le docteur John Bowle fait remarquer, dans ses _Annotations sur le Don Quichotte, que le vieux Chaucer, l'Ennius des poëtes anglais, mort en 1400, parle d'un cheval semblable à celui-ci, qui appartenait à Cambuscan, roi de Tartarie ; il volait dans les airs et se dirigeait au moyen d'une cheville qu'il avait dans l'oreille. Seulement le cheval de Cambuscan était de bronze. [222] Bootès n'est pas un des chevaux du Soleil, mais une constellation voisine de la Grande-Ourse. Ce n'est point non plus Péritoa qu'il fallait nommer, mais Pyroéis, suivant ces vers d'Ovide (Métam., _liv. II) :

Interea volucres Pyroeis, Eous et Aethon, Solis equi, quartusque Phlegon, hinnitibus auras Flammiferis implent, pedibusque repagula pulsant. [223] _Clavileño el aligero. _Nom formé des mots _clavija, _cheville, et _leño, _pièce de bois. [224] On appelait cohechos (concussion, subornation) les cadeaux que le nouveau titulaire d'un emploi était obligé de faire à ceux qui le lui avaient procuré. C'est ainsi qu'on obtenait, au temps de Cervantès, non-seulement les gouvernements civils et les offices de justice, mais les prélatures et les plus hautes dignités ecclésiastiques. Ce trafic infâme, auquel Cervantès fait allusion, était si connu, si général, si patent, que Philippe III, par une pragmatique datée du 19 mars 1614, imposa des peines fort graves aux solliciteurs et aux protecteurs qui s'en rendraient désormais coupables. [225] On aurait dit, en France, à Montfaucon. Péralvillo est un petit village sur le chemin de Ciudad-Réal à Tolède, près duquel la Sainte-Harmandad faisait tuer, à coups de flèches, et laissait exposés les malfaiteurs condamnés par elle. [226] Le docteur Eugénio Torralva fut condamné à mort, comme sorcier, par l'inquisition, et exécuté le 6 mai 1531. Son procès avait commencé le 10 janvier 1528. On a trouvé, dans les manuscrits de la bibliothèque royale de Madrid, la plupart de ses déclarations, recueillies pendant le procès. Voici, en abrégé, celle à laquelle Cervantès fait allusion : « Demande lui ayant été faite si ledit esprit Zaquiel l'avait transporté corporellement en quelque endroit, et de quelle manière il l'emportait, il répondit : Étant à Valladolid au mois de mai précédent (de l'année 1527), ledit Zaquiel m'ayant vu et m'ayant dit comment à cette heure Rome était prise d'assaut et saccagée, je l'ai dit à quelques personnes, et l'empereur (Charles Quint) le sut lui-même, mais ne voulut pas le croire. Et, la nuit suivante, voyant qu'on n'en croyait rien, l'esprit me persuada de m'en aller avec lui, disant qu'il me mènerait à Rome, et me ramènerait la nuit même. Ainsi fut fait : nous partîmes tous deux à quatre heures du soir, après être allés, en nous promenant, hors de Valladolid. Étant dehors, ledit esprit me dit : No haber paura ; fidate de me, que yo te prometo que no tendras ningun desplacer ; per tanto piglia aquesto in mano (ce jargon, moitié italien, moitié espagnol, signifie : N'aie pas peur, aie confiance en moi ; je te promets que tu n'auras aucun déplaisir. Ainsi donc, prends cela à la main) ; et il me sembla que, quand je le pris à la main, c'était un bâton noueux. Et l'esprit me dit : Cierra ochi (ferme les yeux) ; et, quand je les ouvris, il me parut que j'étais si près de la mer que je pouvais la prendre avec la main. Ensuite il me parut, quand j'ouvris les yeux, voir une grande obscurité, comme une nuée, et ensuite un éclair qui me fit grande peur. Et l'esprit me dit : Noli timere, bestia fiera (n'aie pas peur, bête féroce), ce que je fis ; et quand je revins à moi, au bout d'une demi-heure, je me trouvai à Rome, par terre. Et l'esprit me demanda : Dove pensate que state adesso ? (où pensez- vous être à présent ?) Et je lui dis que j'étais dans la rue de la Tour de Nona, et j'y entendis sonner cinq heures du soir à l'horloge du château Saint-Ange. Et nous allâmes tous deux, nous promenant et causant, jusqu'à la tour Saint-Ginian, où demeurait l'évêque allemand Copis, et je vis saccager plusieurs maisons, et je vis tout ce qui se passait à Rome. De là, je revins de la même manière, et dans l'espace d'une heure et demie, jusqu'à Valladolid, où il me ramena à mon logis, qui est près du monastère de San Benito, etc. » [227] Nom que donnent les paysans espagnols à la constellation des Pléiades. [228] Cervantès veut parler ici, soit de Caton le censeur, soit plutôt de Dionysius Caton, auteur des _Disticha de moribus ad filium, _et dont l'ouvrage était alors classique dans les universités d'Espagne. On ne sait rien de ce Dionysius Caton, sinon qu'il vivait après Lucain, car il le cite dans ses Distiques. [229] Allusion au paon, qui, dit-on, défait sa roue dès qu'il regarde ses pieds. Fray Luis de Grenada avait déjà dit, usant de la même métaphore : « Regarde la plus laide chose qui soit en toi, et tu déferas aussitôt la roue de ta vanité. » [230] Allusion au proverbe : _Non, non, je n'en veux pas, mais jette-le-moi dans mon capuchon. Les juges portaient alors un manteau à capuchon (capas con capilla)_. [231] _La ley del encaje. _On appelait ainsi l'interprétation arbitraire que le juge donnait à la loi. [232] Suétone dit en effet (chap. XLV) que César s'habillait avec négligence, et ne serrait point la ceinture de sa toge. C'était de sa part une affectation, afin qu'on le prît pour un homme efféminé, et qu'on ne pût découvrir tout d'abord son courage et son esprit. Ainsi quelqu'un demandant à Cicéron pourquoi il avait suivi le parti de Pompée plutôt que celui de César : « César, répondit-il, m'a trompé par la manière de ceindre sa toge. » [233] Sancho s'applique le vieux dicton : Al buen callar llaman Sancho. [234] Cervantès veut dire qu'il aurait mieux fait d'enlever ces deux nouvelles du _Don Quichotte, _et de les réunir à son recueil de Nouvelles exemplaires : ce qu'ont fait depuis quelques éditeurs de ses oeuvres. [235] Ces expressions anciennes signifient, d'après Covarrubias _(Tesoro de la lengua castellana), _à l'improviste, sur-le-champ. Elles peuvent vouloir dire aussi en homme de bien, en bon chrétien. [236] Ce poëte est Juan de Ména, mort en 1456. Il dit, dans la deux cent vingt-septième strophe du _Labyrinthe, _ou poëme des Trescientas copias :

¡ O vida segura la manza pobreza ! ¡ O dadiva sancta, desagradecida !

Hésiode, dans son poëme des _Heures et des Jours, _avait aussi appelé la pauvreté _présent des dieux immortels, _et César s'écrie dans la _Pharsale _de Lucain (lib. V) :

O vitae tuta facultas Pauperis, angustique lares ! O munera nondum Intellecta Deum ! [237] Saint Paul (Ép. aux Corinthiens). [238] Cervantès dit également, dans sa comédie La gran sultana doña Catalina de Oviedo (Jornada 3a) :

« … Hidalgo, mais non riche ; c'est une malédiction de notre siècle, où il semble que la pauvreté soit une annexe de la noblesse. » [239] Cervantès fait sans doute allusion à une perle magnifique qui existait alors parmi les joyaux de la couronne d'Espagne, et qu'on appelait l'_orpheline _ou l'unique (la _huerfana _ou la _sola). _Elle pesait cinquante-quatre carats. Cette perle périt, avec une foule d'autres bijoux, dans l'incendie du palais de Madrid, en 1734. [240] On appelle en Espagne _cantimploras _des carafes de verre ou des cruches de terre très-mince, que, pour rafraîchir l'eau pendant l'été, l'on agite à un courant d'air. De là vient la bizarre épithète que Cervantès donne au soleil. [241] _Barato _est, en espagnol, l'adjectif opposé à _caro, _cher ; ce que nous appelons, dans notre pauvreté des mots les plus usuels, bon marché. [242] Au temps de Cervantès, beaucoup de roturiers s'arrogeaient déjà le _don _jusqu'alors réservé à la noblesse. Aujourd'hui tout le monde prend ce titre, devenu sans conséquence, et qui est comme le _esquire _des Anglais. [243] Il y a dans l'original : _Si la précédente sentence… _Cervantès changea sans doute après coup l'ordre des trois jugements rendus par Sancho ; mais il oublia de corriger l'observation qui suivait celui-ci. [244] Elle est prise, en effet, de la _Lombardica historia _de Fra Giacobo dit Voragine, archevêque de Gênes, dans la Vie de saint Nicolas Bari (chap. III). [245] Cette histoire, vraie ou supposée, était déjà recueillie dans le livre de Fray Francisco de Osuna, intitulé _Norte de los Estados, et qui fut imprimé en 1550. Mais Cervantès, qui pouvait l'avoir apprise, ou dans cet ouvrage, ou par tradition, la raconte d'une tout autre manière. [246] On appelait ainsi un baume composé avec de l'huile d'olive et des fleurs de mille-pertuis. Du nom de cette plante (hiperico _en espagnol) s'était formé, par corruption, le mot d'huile d'aparicio. [247] On lit dans le livre des _Étiquettes, _composé par Olivier de la Marche pour le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, et qui fut adopté par les rois d'Espagne de la maison d'Autriche pour les règlements de leur palais : « Le duc a six docteurs en médecine qui servent à visiter la personne et l'état de la santé du prince ; quand le duc est à table, ils se tiennent derrière lui, pour regarder quels mets et quels plats on sert au duc, et lui conseiller, suivant leur opinion, ceux qui lui feront le plus de bien. » [248] L'aphorisme est : Omnis saturatio mala, panis autem pessima. [249] _Peliagudo _signifie également, au figuré, embrouillé, épineux, difficile. [250] La olla podrida (mot à mot : _pot-pourri) _est un mélange de plusieurs sortes de viandes, de légumes et d'assaisonnements. [251] _Recio _signifie roide, intraitable, et _agüero, _augure. J'ai conservé ce nom en espagnol, au lieu de chercher à le traduire par un équivalent, parce qu'il est resté aussi proverbial, aussi consacré en Espagne, qu'en France celui du docteur Sangrado. [252] _Tirteafuera, _ou mieux _tirateafuera, _signifie _va-t'en d'ici. _C'est ainsi que l'emploie Simon Abril dans la traduction de l'_Eunuque, _de Térence, où la servante Pythias dit au valet Chéréa :