Neque pol servandum tib Quidquam dare ausim, neque te servare. Apage te. (Acte V, scène II.)

En buena fe que ni yo osaria Darte a guardar nada, ni menos guardarte Yo, Tirateafuera. [253] À l'expiration de leurs charges, les gouverneurs, comme certains autres employés de l'État, étaient tenus à _résider _quelque temps dans le pays qu'ils avaient administré. Pendant ce temps, ils restaient exposés aux réclamations de leurs subordonnés, devenus leurs égaux. Les Espagnols avaient pris cette sage coutume des Arabes. [254] Les Biscayens, à l'époque de Cervantès, et depuis le règne de Charles-Quint, étaient en possession des places de secrétaires du roi et du conseil. [255] En espagnol perláticos (paralytiques). [256] Il y a, dans l'original, de son _atalaya. _C'est le nom que les Arabes donnaient (al-thalaya'h) aux petites tours élevées sur des éminences, et d'où leurs éclaireurs avertissaient des mouvements de l'ennemi, au moyen de signaux répétés de poste en poste. [257] _Montañes, _né dans les montagnes des Asturies, où tous les habitants se regardent comme les descendants de Pélage et de ses compagnons. [258] On appelait ainsi des cautères. (Voir _Gil Blas, _livre VII, chap. I.) [259] Les cautères et les sétons sur les bras et sur les jambes, et même derrière le cou, étaient très en usage au temps de Cervantès. Matias de Léra, chirurgien de Philippe IV, dit, dans un traité sur la matière, que les uns emploient ce remède pour se guérir de maladies habituelles, d'autres pour s'en préserver, d'autres enfin vicieusement et seulement pour se mettre à la mode. (Prática de fuentes y sus utilidades.) [260] _Ollas podridas. _Il y entre du boeuf, du mouton, du lard, des poules, des perdrix, des saucisses, du boudin, des légumes, et toutes sortes d'ingrédients. Le nom de ce mets lui vient sans doute de ce qu'on laisse cuire si longtemps les viandes qui le composent, qu'elles se détachent, se mêlent et se confondent comme des fruits trop mûrs. [261] On appelait _barato _l'espèce de gratification que les joueurs gagnants donnaient aux assistants qui prenaient leur parti. Ces assistants, qui se nommaient _barateros _ou _mirones, _se divisaient en _pedagogos _ou _gansos, _ceux qui enseignaient les joueurs novices, et _doncaires, _ceux qui les dirigeaient en jouant et décidaient les coups douteux. On appelait aussi _barato _ce que donnaient les joueurs, pour les cartes et la lumière, aux maîtres des maisons de jeu, tenues aussi bien par des grands seigneurs que par de pauvres hères, et qui avaient une foule de noms, tels que tablagerías, casas de conversacion, leñeras, mandrachos, encierros, garitos. [262] On appelait _modorros des filous expérimentés qui passaient à dormir la moitié de la nuit, et venaient, comme des troupes fraîches, tomber à minuit sur les joueurs échauffés, qu'ils achevaient aisément de dépouiller. C'est ce qu'ils nommaient, dans leur jargon, se réserver pour la glane (quedarse a la espiga)_. [263] Le mot espagnol _dormir _signifie également coucher. De là l'espèce de coq-à-l'âne qui va suivre. [264] Les hauts-de-chausses appelés _calzas atacadas, _serrés et collant tout le long de la jambe, arrondis et très- amples depuis le milieu de la cuisse, avaient le nom populaire de _pedorreras, _auquel je n'ai trouvé d'autre équivalent supportable en français que pet-en-l'air. Ces hauts-de- chausses furent prohibés par une pragmatique royale, peu après l'époque où parut la seconde partie du _Don Quichotte. _Ambrosio de Salazar raconte qu'un hidalgo ayant été pris vêtu de _calzas atacadas, _malgré la prohibition, fut conduit devant le juge, et qu'il allégua pour sa défense que ses chausses étaient la seule armoire qu'il eût pour serrer ses hardes. Il en tira effectivement _un peigne, une chemise, une paire de nappes, deux serviettes et un drap de lit. (Las Clavileñas de recreacion, _Bruxelles, 1625, f. 99.) [265] Comme les gens de qualité, qui portaient en voyage une espèce de voile ou masque fort léger pour se garantir la figure de l'air et du soleil. Le peuple appelait ces masques _papa-higos, _gobe-figues. [266] Jurer par la vie de ses père et mère était une formule de serment très-usitée du temps de Cervantès. [267] De stercore erigens pauperem. (Ps. CXII, v. 7.) [268] Voyez la note 250 - chapitre XLVII. [269] _De haldas o de mangas. _Ces mots ont chacun un double sens : l'un, qui veut dire les pans d'une robe de magistrat, signifiait aussi les droits à percevoir comme gouverneur ; l'autre, qui veut dire les manches, signifiait les cadeaux qui se faisaient aux grandes fêtes de l'année, comme Pâques et Noël, ou aux réjouissances publiques, comme l'avènement d'un nouveau roi. De là le proverbe : Buenas son mangas despues de Pascuas. [270] On lit dans un auteur économique du temps de Cervantès : « Tandis que, ces années passées, le blé se vendait au poids de l'or à Ségovie, que le prix des loyers montait au ciel, et qu'il en était de même dans les autres villes, une paire de souliers à deux semelles valait trois réaux (quinze sous), et à Madrid quatre. Aujourd'hui on en demande effrontement sept réaux, sans vouloir les donner à moins de six réaux et demi. Il est effrayant de penser où cela va s'arrêter. » _(Man. de la Bibl. royale. - _Code 156, f. 64.) Une pragmatique de Charles-Quint, rendue à Monzon en 1552, avait établi un tarif pour le prix des souliers et de toute espèce de chaussure. [271] Expression fort usitée dans un temps où Rome dispensait toutes les faveurs et tous les pardons. [272] Tarde piache (pour _piaste), _phrase proverbiale dont voici l'origine : on raconte qu'un étudiant, mangeant des oeufs à la coque, en avala un si peu frais que le poulet s'y était déjà formé ; il l'entendit crier en lui passant dans la gorge, et se contenta de dire gravement : Tu piaules trop tard. [273] Il y a là un intraduisible jeu de mots sur _nones, _qui veut dire _impairs _et _non _au pluriel, et _pares, _pairs. [274] Allusion au proverbe : Les ailes sont venues à la fourmi, et les oiseaux l'ont mangée. [275] _Alpargatas, _chaussure ordinaire des paysans espagnols. [276] En Espagne et en Amérique, les vice-rois, gouverneurs et agents financiers devaient, en quittant leur emploi, _résider _quelque temps pour rendre leurs comptes. [277] Du mot allemand _Geld, _qui veut dire argent. [278] Cervantès parle, dans ce chapitre, du plus grave des événements dont il fut témoin, l'expulsion des Morisques. Après la capitulation de Grenade, en 1492, un grand nombre de Mores, restés musulmans, séjournèrent en Espagne. Mais bientôt, aux missions envoyées parmi eux, succédèrent les persécutions ; et enfin un décret de Charles Quint, daté du 4 avril 1525, ordonna, sous peine de bannissement, que tous les Mores reçussent le baptême. Ces chrétiens convertis par force furent alors appelés du nom de _Morisques (Moriscos), _qui servait à les distinguer des _vieux chrétiens. _Sous Philippe II, on exigea plus que leur abjuration : en 1566, on leur défendit, par une _pragmatique, _l'usage de leur langue, de leurs vêtements, de leurs cérémonies, de leurs bains, de leurs esclaves et même de leurs noms. Ces dispositions tyranniques, exécutées avec une impitoyable rigueur, provoquèrent la longue révolte connue sous le nom de _rébellion des Morisques, _qui tint en échec toute la puissance de Philippe II, et ne fut étouffée qu'en 1570, par les victoires de don Juan d'Autriche. Les Morisques vaincus furent dispersés dans toutes les provinces de la Péninsule ; mais cette race déchue continuant à prospérer, à s'accroître, par le travail et l'industrie, on trouva des raisons politiques pour effrayer ceux que ne touchait pas suffisamment le fanatisme religieux déchaîné contre elle. Un édit de Philippe III, rendu en 1609, et exécuté l'année suivante, ordonna l'expulsion totale des Morisques. Douze à quinze cent mille malheureux furent chassés de l'Espagne, et le petit nombre d'entre eux qui survécurent à cette horrible exécution allèrent se perdre, en cachant leur origine, au milieu des races étrangères. Ainsi l'Espagne, déjà dépeuplée par les émigrations d'Amérique, se priva, comme fit plus tard la France à la révocation de l'édit de Nantes, de ses plus industrieux habitants, qui allèrent grossir les troupes des pirates de Berbérie, dont ses côtes étaient infestées. (Voir l'_Histoire des Arabes et des Mores d'Espagne, _tome I, chap. VII.) Au milieu des ménagements dont Cervantès s'enveloppe, il est facile de voir que toute sa sympathie est pour le peuple opprimé. [279] C'est le _caviar des Russes. [280] Un autre écrivain du temps de Cervantès, Cristoval de Herrera, avait dit quelques années plus tôt : « Il faudrait empêcher que les Français et les Allemands ne parcourussent ces royaumes en nous soutirant notre argent, car tous les gens de cette espèce et de cet habit nous en emportent. On dit qu'en France les parents promettent pour dot de leurs filles ce qu'ils rapporteront de leur voyage à Saint-Jacques-de- Compostelle, allée et retour, comme s'ils allaient aux Grandes- Indes. » (Amparo de pobres)_ [281] Plus loin, il est appelé don Gaspar Grégorio. [282] Selon la tradition, Galiana était une princesse arabe, à laquelle son père Gadalife ou Galafre éleva un magnifique palais sur les bords du Tage. On donne encore le nom de palais de Galiana à des ruines qui se voient dans le jardin _del Rey, _à Tolède. [283] Il y a ici une espèce de contradiction avec la fin du chapitre LI, où l'on dit que les habitants de l'île Barataria observent encore _les Constitutions du grand gouverneur Sancho Panza. _Mais Cervantès sans doute n'a pas résisté au désir de décocher une épigramme contre le gouvernement de l'Espagne, qui avait, dès ce temps-là, le défaut de rendre force lois et ordonnances sans pouvoir les faire exécuter. [284] C'est le concile de Trente (de 1545 à 1563). Le canon XIX commence ainsi : _Detestabilis duellorum usus ex christiano orbe penitus exterminetur, _etc. Le même concile défendit également les joutes et tournois, ce qu'avaient fait précédemment celui de Latran en 1179 et celui de Reims en 1131. [285] Au dixième chant de l'_Orlando furioso, _Biréno, duc de Zélande, abandonne son amante Olympie dans une île déserte. À son réveil, elle maudit le perfide et le charge d'imprécations, comme Didon au départ d'Énée. De là les deux comparaisons d'Altisidore. [286] Cette imprécation forme ce que les Espagnols appellent el estribillo (le refrain), et se trouve répétée à la fin de toutes les strophes. [287] Littéralement : Tue-Mores. [288] Regnum coelorum vim patitur. (Saint Matthieu, chap. II, v. 12.) [289] _Santiago, y cierra, Espana. _Littéralement : _Saint Jacques, et attaque, Espagne. _Le mot _cerrar, _qui a voulu dire anciennement attaquer, signifie maintenant fermer. De là le jeu de mots de Sancho. [290] Les gardiens des taureaux destinés aux courses les gardent à cheval, et portent des lances au lieu de fouets. Les taureaux qu'on amène des pâturages au cirque, la veille des combats, sont conduits par des boeufs dressés à cet usage, et appelés cabestros. [291] _Condumio, _tout ce qu'on mange avec du pain. [292] Cervantès parle ici de l'impertinente continuation du _Don Quichotte, _faite par un moine aragonais qui s'est caché sous le nom du licencié Alonzo Fernandez de Avellanéda, continuation qui parut pendant qu'il écrivait lui- même la seconde partie. Cet Avellanéda peint en effet don Quichotte comme revenu de son amour, dans les chapitres IV, VI, VIII, XII et XIII. Il avait dit au troisième chapitre : « Don Quichotte finit son entretien avec Sancho, en disant qu'il voulait aller à Saragosse pour les joutes, et qu'il pensait oublier l'ingrate infante Dulcinée du Toboso, pour chercher une autre dame qui correspondît mieux à ses services. » [293] Ce sont des injures grossières adressées directement à Cervantès. [294] Cervantès oublie que lui-même lui a donné ce nom dans la première partie, et qu'il l'appelle Juana Gutierrez dans le chapitre VII de la seconde. [295] Ces détails obscènes et ridicules se trouvent principalement dans les chapitres XV, XVI, XVII, XVIII et XIX, des éditions, non expurgées, antérieures à 1732. [296] La description de cette course de bague est dans le chapitre XI. [297] Ces paroles sont celles que la tradition place dans la bouche du connétable du Guesclin, lorsque, pendant la lutte de Pierre le Cruel et de son frère Henri de Trastamare, dans la plaine de Montiel, il aida celui-ci à monter sur le corps de Pierre, que Henri perça de sa dague. [298] Sancho applique à son maître les deux derniers vers d'un ancien _romance, composé sur la tradition des sept infants de Lara (Canc. de Amberes, _p. 172).

Gonzalo Gustos de Lara avait épousé doña Sancha, soeur de Ruy-Velazquez. Ce dernier, pour venger une offense, livra au roi more de Cordoue son beau-frère et ses sept neveux. Le père fut jeté dans une prison perpétuelle, après qu'on lui eut servi sur une table les têtes de ses sept enfants. Cependant l'amour d'une femme arabe, soeur du roi, le tira de prison, et le fils qu'il eut d'elle, appelé Mudarra Gonzalo, vengea le sang de ses frères dans celui de Ruy-Velazquez. L'ayant rencontré un jour à la chasse, il l'attaqua, et, bien que l'autre lui demandât le temps d'aller chercher ses armes, il le tua après avoir répondu les vers que cite Sancho ;

Esperesme, don Gonzalo. Iré a tomar las mis armas. - - El _espera _que tu diste A los infantes de Lara : Aqui moriras, traidor, Enemigo de doña Sancha. [299] C'étaient de petits mousquetons, qui avaient pris ce nom de _pedreñales de ce qu'on y mettait le feu, non point avec une mèche, comme aux arquebuses, mais avec une pierre à fusil (pedernal)._ [300] Cervantès ne pouvait appeler barbare le bienfaisant Osiris ; il voulait dire Busiris, ce tyran cruel d'Ibérie, qui enleva les filles d'Atlas et fut tué par Hercule. [301] Au temps de Cervantès, la Catalogne, plus qu'aucune autre province d'Espagne, était désolée par les inimitiés de familles, qui jetaient souvent parmi les bandits des jeunes gens de qualité, coupables de quelque meurtre par vengeance. Les Niarros et les Cadells divisaient alors Barcelone, comme les _Capuletti _et les _Montecchi _avaient divisé Ravenne. Un partisan des Niarros, obligé de prendre la fuite, se fit chef de voleurs. On l'appelait Roque Guinart ou Guiñart, ou Guiñarte ; mais son vrai nom était Pédro Rocha Guinarda. C'était un jeune homme brave et généreux, tel que le peint Cervantès, et qui eut dans son temps, en Catalogne, la réputation qu'eut dans le nôtre, en Andalousie, le fameux José-Maria. Il est cité dans les mémoires de Commines. [302] C'est du mot _bando, _mandement à cri public, qu'est venu celui de _bandolero, _qui désignait un brigand dont la tête était mise à prix. Peut-être le nom de _bandit _vient-il aussi de notre mot ban. [303] Au chapitre XII du _Don Quichotte _d'Avellanéda, il est dit que Sancho reçut de don Carlos deux douzaines de boulettes et six pelotes de blanc-manger, et que, n'ayant pu tout avaler d'une fois, il mit le reste dans son sein pour le déjeuner du lendemain. [304] Celui que les Anglais nomment Scott et les Français Scot, ou Lescot, ou _l'Écossais, _était un astrologue du treizième siècle, fort aimé de l'empereur Frédéric II, auquel il dédia son _Traité de la physionomie _et ses autres ouvrages. Dante fait mention de lui au chant XX de l'Enfer.

Quell' altro che ne' fianchi è cosi poco, Michele Scotto fu, che veramente Delle magiche frode sepe li gioco.

Il y eut un autre astrologue du nom de Michaël Scotto, né à Parme, qui vécut en Flandre sous le gouvernement d'Alexandre Farnèse (vers 1580). On raconte de celui-ci qu'il invitait souvent plusieurs personnes à dîner, sans faire apprêter quoi que ce fût ; et, quand les convives étaient à table, il se faisait apporter les mets par des esprits. « Ceci, disait-il à la compagnie, vient de la cuisine du roi de France ; cela, de celle du roi d'Espagne, etc. » (Voir Bayle, article _Scot.) _C'est sans doute de ce dernier que veut parler Cervantès. [305] Ce qu'on appelait alors un sarao. [306] Formule d'exorcisme dont se servait l'Église, et qui avait passé dans le langage commun. [307] Allusion à un passage d'Avellanéda, au chapitre XII. [308] On dit en Espagne les _prophéties de Péro-Grullo, _comme nous disons en France les _vérités de _M. de la Palice. [309] Il a été souvent question de ces têtes enchantées. Albert le Grand, dit-on, en fabriqua une, et le marquis de Villéna une autre. Le Tostado parle d'une tête de bronze qui prophétisait dans le bourg de Tabara, et dont l'emploi principal était d'informer qu'il y avait quelque juif dans le pays. Elle criait alors : _Judaeus adest, jusqu'à ce qu'on l'en eût chassé. (Super Numer., _cap. XXI.) [310] En espagnol, los juguetes. [311] Avant que Cervantès se moquât des traducteurs de l'italien, Lope de Vega avait dit, dans sa Filomena : « Dieu veuille qu'il soit réduit, pour vivre, à traduire des livres de l'italien en castillan car, à mes yeux, c'est un plus grand délit que de passer des chevaux en France. » [312] Le _Pastor Fido _est de Guarini ; l'_Aminta, _du Tasse. L'éloge de Cervantès est surtout vrai pour la traduction en vers de Jaurégui, lequel, peintre en même temps que poëte, fit le portrait de Cervantès, auquel il montra sans doute sa traduction manuscrite de l'_Aminta, _puisqu'elle ne parut qu'en 1618. [313] Cervantès avait déjà dit des libraires, dans sa nouvelle du Licencié Vidriéra : « … Comme ils se moquent d'un auteur, s'il fait imprimer à ses frais ! Au lieu de quinze cents, ils impriment trois mille exemplaires, et, quand l'auteur pense qu'on vend les siens, on expédie les autres. » [314] _Luz del alma cristiana contra la ceguedad e ignorancia, _par Fr. Felipe de Menesès, moine dominicain, Salamanque, 1556. [315] Allusion au proverbe : À tout cochon vient sa Saint-Martin. [316] C'était le _hourra _de l'époque. [317] Don Luis Coloma, comte d'Elda, commandait l'escadre de Barcelone en 1614, lorsqu'on achevait l'expulsion des Morisques. [318] Commandant d'un navire algérien. [319] Le vice-roi de Barcelone était, en 1614, don Francisco Hurtado de Mendoza, marquis d'Almazan. [320] Vers d'un vieux _romance, _déjà cités au chapitre II de la première partie. [321] Cervantès joue ici avec grâce sur le mot _deslocado, _auquel il donne tantôt le sens de disloqué, tantôt celui de guéri de folie (de _loco, _fou, comme on dirait défolié). [322] Il y eut plusieurs commissaires chargés de l'expulsion des Morisques, et ce don Bernardino de Vélasco, duquel Cervantès fait un éloge si mal placé dans la bouche de Ricote, ne fut commissionné que pour chasser les Morisques de la Manche. Il est possible qu'il ait mis de la rigueur et de l'intégrité dans ses fonctions : mais d'autres commissaires se laissèrent adoucir, et, comme on le voit dans les mémoires du temps, bien des riches Morisques achetèrent le droit de rester en Espagne, en changeant de province. [323] Je demande pardon pour ce barbarisme, qu'il était peut-être impossible d'éviter. [324] La pensée n'était pas neuve puisqu'il s'agissait d'imiter, non-seulement la pastorale Arcadie, mais _l'Arcadie _de Sannazar, la _Diane _de Montemayor, la _Galatée _de Cervantès lui-même, et enfin un passage de l'Amadis de Grèce (seconde partie, chap. CXXXII). « Au milieu de ses nombreux soucis, don Florisel de Niquéa résolut de prendre l'habit de pasteur et de vivre dans un village. Cela décidé, il partit, il découvrit son dessein à un bon homme, et lui fit acheter quelques brebis pour les conduire aux champs, etc. » [325] On croit que Garcilaso de la Vega a désigné dans ses églogues, sous le nom de _Nemoroso, _son ami le poëte Boscan, à cause de l'identité entre le mot italien _bosco _et le mot latin _nemus, _d'où s'est formé le nom de Nemoroso. [326] Terminaison qui indique l'augmentatif en espagnol. [327] Espèce de cymbales. [328] Étrille. [329] Déjeuner. [330] Tapis. [331] Officier de justice. [332] Magasin. [333] Petite boule creuse, remplie de fleurs, ou de parfums, ou de cendres, qu'on se jetait aux tournois des Arabes, dans les danses à cheval. [334] Brodequin. [335] Galetas. [336] Petite monnaie valant la trente-quatrième partie du réal. [337] Giroflier. [338] Faquir, prêtre ou moine musulman. Cervantès oublie _alfoli, _magasin à sel, et _aljonjoli, _sésame, plante. [339] _Après les ténèbres j'attends la lumière. _Ces mots latins, pris au poëme de Job (cap. XVII, v. 12) et écrits en exergue autour d'un faucon capuchonné, formaient la devise de Juan de la Cuesta, premier éditeur du _Don Quichotte, _et ami de Cervantès. [340] Cette strophe et les deux derniers vers de la précédente sont copiés littéralement de la troisième églogue de Garcilaso de la Vega. [341] Le bonnet pointu des condamnés du saint-office se nommait _coroza. _On l'appelait aussi _mitre scélerate, _pour la distinguer de la mitre des évêques. [342] _O mas duro que marmol a mis quejas ! _Vers de Garcilaso dans la première églogue. [343] Voyez la note 339 du chapitre précédent. [344] Petite monnaie valant le quart d'un réal, un peu plus d'un sou. [345] Le proverbe entier est : On ne prend pas de truites à braies sèches. No se toman truchas a bragas enjutas. [346] Ancienne ville du royaume de Léon, qu'assiégèrent longtemps Sancho II et Alphonse VI de Castille, avant que leur soeur doña Urraca la rendît à ce dernier (1109). [347] En espagnol : _De donde diere. _Cervantès, dans le _Dialogue des chiens, _cite le même mot du même Mauléon, qu'il appelle _poëte sot, _quoique membre de l'académie des Imitateurs.

Cette académie des Imitateurs ou Imitatoria (à l'imitation des académies italiennes) fut fondée à Madrid en 1586, dans la maison d'un grand seigneur, ami des lettres ; mais elle subsista fort peu de temps. [348] Voyez les chapitres VIII, IX et XXVI du _Don Quichotte _d'Avellanéda. [349] Il y a, dans cette tirade, un perpétuel jeu de mots entre _gracioso, _plaisant, _gracias, _saillies, bon mots, et _gracia, _grâce, agrément, dont il est impossible de rendre en français toute la grâce. [350] Les mêmes expressions proverbiales se trouvaient déjà dans la lettre de Sancho à sa femme Thérèse (chap. XXXVI). [351] Il n'y a point de granges en Espagne. On bat les grains en plein vent, sur des places unies, disposées à l'entrée des villages, et qu'on appelle las eras. [352] Le héros d'anciens couplets populaires, où on lui dit :

¡ Ah ! Mingo Revulgo, ò hao ! ¿ Que es de tu sayo de blao ? ¿ No le vistes en domingo ?

« Hé ! _Mingo Revulgo, _ho hé ! qu'as-tu fait de ton pourpoint de drap bleu ? est-ce que tu ne le mets pas le dimanche ? » [353] _Aïna _est un vieux mot qui veut dire vite, à la hâte. _Térésaïna _signifierait Thérèse la pétulante. Sancho l'appelait précédemment _Téresona, _qui aurait signifié Thérèse la grosse. [354] Giacobo Sannazaro, né à Naples en 1458, auteur de plusieurs églogues italiennes et du fameux poëme latin _De Partu Virginis, _auquel il travailla vingt ans. [355] _Barcino _est le nom que l'on donne au chien ou au boeuf dont le pelage est mêlé de blanc et de brun. [356] Ce que les Espagnols appellent albaceas. [357] Et comme il arriva aux huit villes d'Espagne à propos de Cervantès. [358] Vers d'un ancien romance. [359] Le pseudonyme Avellanéda termine la seconde partie de son livre en laissant don Quichotte dans la maison des fous _(casa del Nuncio) _à Tolède. Mais il ajoute qu'on sait par tradition qu'il quitta cet hôpital, et qu'ayant passé par Madrid pour y voir Sancho, il entra dans la Castille-Vieille, où il lui arriva de surprenantes aventures. C'est à cette menace d'une troisième partie que Cervantès fait allusion.