— C'est vrai, répondit madame Perlet, et puis il y a la pièce d'or…
— Il faut l'appeler, dit le cordonnier, elle pourra sans doute s'expliquer.
Madame Perlet alla dans la rue et appela. Au bout de quelques minutes les enfants parurent se tenant la main. Charlot regarda d'un air curieux tout autour de lui; il s'était mis dans la tête qu'on les appelait ainsi pour leur donner le chocolat tant désiré. D'où serait-il venu? Il n'en savait rien. Il sentait seulement qu'il avait encore place dans son estomac pour l'accueillir, quoiqu'il eût, comme de coutume, absorbé une part très-considérable du déjeuner que nous savons; mais son regard inquisiteur ne rencontra rien, absolument rien qui pût confirmer cette espérance. Madame Nanette, M. et madame Perlet étaient tous les trois debout et graves. Sans s'en rendre bien compte, les deux enfants sentirent qu'il y avait quelque chose de particulier dans l'atmosphère. Ils reconnaissaient bien madame Nanette, mais comme elle ne leur disait rien, ils n'osèrent pas la saluer et se tinrent debout aussi devant ce redoutable groupe.
— Laissez-moi la questionner, dit le cordonnier.
— Petite mère, ma fille, continua-t-il avec un accent de bonté qui mit un peu au large le coeur de la pauvre enfant, dis-nous encore l'histoire de ta pièce d'or.
Ce n'était pas facile pourtant de répondre à une injonction comme celle-là. Petite mère resta muette, ne comprenant pas pourquoi elle devait redire ce qu'elle avait déjà dit.
— Dis-nous qui te l'a donnée, répéta le cordonnier d'un air encourageant.
— C'est la belle petite dame, cria Charlot avant que sa soeur pût ouvrir la bouche.
— Attends ton tour, mon garçon. Où as-tu rencontré cette belle petite dame, ma fille?
— Dans la rue, répondit Petite mère d'une voix mal assurée et d'un air si timide qu'elle avait vraiment les apparences d'une coupable.