— Père, dit-elle d'une voix pleine d'angoisse, tu me crois, n'est-ce pas?… dis que tu me crois!…
Il ne lui répondit pas.
Les paroles les plus dures n'auraient pas fait à la pauvre enfant plus de mal que ce silence.
— Père, dis que tu me crois! répéta-t-elle d'une voix déchirante.
Toujours le même silence. Le malade avait fermé les yeux: il se sentait trop faible pour penser, trop faible pour avoir une idée nette. Petite mère crut qu'il se trouvait mal et appela la soeur. Celle-ci vit son malade si faible et si agité qu'elle ne voulut pas permettre aux enfants de rester plus longtemps près de lui.
— Vous reviendrez jeudi, dit-elle, il sera alors plus fort et en état de vous voir: pour aujourd'hui c'est assez, il faut vous en aller, mes enfants. Ne t'afflige pas, ma fille, tu es toute tremblante. On dirait que tu as fait une maladie depuis jeudi. Viens avec moi, je te donnerai une goutte de vin pour que tu aies la force de t'en retourner.
Petite mère redescendit le grand escalier le coeur bien plus lourd que lorsqu'elle l'avait monté, et pourtant le père était mieux; il les avait regardés, il leur avait parlé… Mais il avait, lui aussi, pu croire qu'elle était une voleuse!… Oh! comment pouvait-il le croire? Son coeur se brisait en y pensant.
Et puis comme il était changé, comme il était faible! serait-il jamais de nouveau comme autrefois?… reviendrait-il à la maison? reprendrait-il son travail? et si même ils pouvaient recommencer la vie ensemble, seraient-ils encore heureux, puisqu'il n'avait plus confiance en elle?
Perdue dans ses pensées, Petite mère ne remarqua pas que Charlot lui avait fait prendre le chemin qu'ils avaient suivi l'autre fois, un chemin qui les éloignait un peu de la maison. On ne voyait pas le ballon, mais elle s'aperçut tout à coup qu'ils étaient revenus juste à la place où la "petite dame" les avait abordés. Epuisée, elle s'arrêta et s'assit sur une marche d'escalier.
— Ah! si seulement nous ne l'avions pas rencontrée! se dit-elle.