— Vrai? demanda madame Perlet d'un air de doute, vous voulez faire cela?
— Oui, et je suis une bonne garde malade, je m'y connais, j'en ai eu entre les mains dans mon temps! Cette petite m'a soignée aussi bien qu'une enfant de son âge peut le faire; maintenant qu'elle est malade et que je suis à peu près guérie, je ne la laisserai pas aller à l'hôpital.
XVII
Il n'y a que les pauvres gens pour savoir que rien n'est impossible. Madame Perlet avait trouvé une place pour Charlot dans la petite arrière-loge où les enfants dormaient ensemble. Coucher trois dans un petit lit à peine assez grand pour un, ce n'est pas une affaire… Charlot, étant accoutumé à être plus au large, donnait des coups de pied à tort et à travers, forçait son voisin de droite à rouler hors de la paillasse, son voisin de gauche à se blottir tout au fond; mais ils dormaient tout aussi bien l'un sur le plancher, l'autre aplati contre le mur. Charlot régnait donc en maître sur cette paillasse qu'il s'était appropriée et dormait comme un roi, disait madame Perlet. Peut-être eût-il été plus juste de dire qu'il dormait comme un gros garçon de cinq ans.
Madame Perlet lui avait enjoint de ne pas retourner dans la chambre du quatrième en lui disant que Petite mère avait besoin d'être bien tranquille. Le premier jour cela alla bien jusque vers le soir. La nouveauté, le plaisir d'être avec d'autres enfants, les petits services qu'il put rendre dans le ménage firent passer le temps. La concierge monta trois fois dans la journée pour voir comment allait la petite malade. Hélas! à chaque visite le mal semblait avoir empiré. Madame Charles parlait de faire venir un médecin; mais qui paierait la visite? C'était une grosse question à laquelle personne ne pouvait répondre, et on attendait.
Il faisait encore jour lorsque Charlot profita dune courte absence de madame Perlet pour monter au quatrième. Il écouta un moment à la porte et n'entendit rien. Alors il entra, pensant que sans doute il allait trouver sa soeur prête à lui sourire comme de coutume…. mais elle le regarda sans paraître le voir et ne lui parla pas. Pourtant elle avait des couleurs sur ses joues, beaucoup plus de couleurs que d'habitude. Ses yeux grands ouverts étaient brillants, elle ne devait plus être malade. Charlot s'approcha d'elle et toucha sa main qui jouait fièvreusement avec la couverture.
— Petite mère, dit-il, lève-toi, je m'ennuie sans toi. Pourquoi est-ce que tu restes ainsi dans le lit?
La malade ne répondit pas. Elle le regardait avec des yeux toujours plus fixes qui lui faisaient presque peur.
— Petite mère, reprit-il, tu ne dois pas me laisser seul! tu dois prendre soin de moi!… Entends-tu? lève-toi!…
Avait-elle compris? Ses lèvres tremblaient, une lueur d'intelligence brilla dans ses yeux; elle essaya de se soulever et demanda: