— Charlot, as-tu mangé?
— Oui. Madame Perlet m'a donné à manger.
— Est-ce qu'il y a bien longtemps que je suis malade?
— Oui, tu m'as laissé tout seul tout le jour… Madame Perlet dit qu'il faut te laisser tranquille, mais moi je ne veux pas… Je veux que tu te lèves et que tu prennes soin de moi; tu n'es plus malade à présent.
Accoutumée comme elle l'était à céder à tous les désirs de son frère et à ne vivre que pour lui, la pensée qu'elle l'avait abandonné pendant toute une journée à des étrangers pénétra jusqu'à son cerveau affaibli et lui causa une souffrance inexprimable. Elle fit un effort suprême pour se lever, mais retomba en arrière en disant d'une voix suppliante:
— Charlot, je ne peux pas!…
Et elle recommença à divaguer, interrompant ses paroles sans suite par des cris déchirants qui attirèrent bientôt madame Charles tout épouvantée.
— Que fais-tu ici? dit-elle à Charlot qui restait près du lit l'air consterné, ne sachant s'il devait se fâcher ou avoir peur. C'est toi qui l'agites ainsi. Je l'avais laissée bien tranquille et assoupie. Qui t'a permis de venir ici? Allons, descends tout de suite et ne t'avise pas de remonter…
Comme le pauvre petit, partagé entre l'irritation et le chagrin, commençait à descendre l'obscur escalier, elle le rappela.
— Si tu es capable d'être bon à quelque chose va dire à madame
Perlet qu'elle aille tout de suite chercher un médecin, entends-tu?
Dis-lui que ta soeur est bien mal et que c'est moi qui paierai.
Allons, va!…