— Tu peux bien manger le chocolat… Goûte-le…

— Non, non, je t'en prie…

— Eh bien, dit-il en retirant son cadeau d'un air offensé, je vais te dire ce que je ferai. Quand tu seras morte je te laisserai mettre dans la terre, et alors tu ne reviendras plus jamais.

— Qu'est-ce que tu dis, malheureux enfant? s'écria madame Charles qui était entrée sans bruit après avoir pourvu au repas de son chat. Es-tu fou de venir lui parler de choses pareilles!… Va-t'en et ne remets pas les pieds ici!…

— Il ne voulait pas me faire de peine, murmura Petite mère.

Elle ne put en dire davantage, mais son regard suppliant suivait la vieille dame tandis qu'elle mettait assez brusquement Charlot à la porte. Celui-ci se consola un peu dans l'escalier en mangeant son chocolat.

Il avait vu ses bonnes intentions repoussées et méconnues, il se sentait le droit d'être froissé et mécontent. Petite mère, pensait-il, aurait bien pu manger le chocolat, c'était mauvaise volonté toute pure de sa part, et quand elle savait qu'il l'avait gardé tout exprès pour elle!… Eh bien, maintenant il ne lui garderait plus rien, il mangerait tout, oui, tout. — Il y avait dans cette résolution un certain adoucissement à sa peine, et puis le chocolat était bon. Mais comme il fut vite fini!… En arrivant à la dernière marche il ne lui en restait plus rien qu'une petite moustache.

Quand le médecin eut fait sa seconde visite, Charlot demanda à madame Perlet:

— Est-ce qu'il a dit que Petite mère sera bientôt morte?

— Comment peux-tu parler ainsi? répondit la concierge étonnée. Est-ce que cela ne te ferait donc pas de peine si ta soeur mourait?