— Si dangereusement que ce n'est que d'aujourd'hui qu'on espère la sauver. Que lui voulez-vous?…
— Pauvre petite! qu'est-ce qui l'a rendue malade?
— J'ai idée que c'est le chagrin… On l'a accusée de vol… La pauvre enfant a trop souffert. L'injustice fait tant de mal!…
Madame Perlet parlait avec une certaine âpreté, oubliant qu'elle avait eu sa part dans cette injustice.
Sylvanie avait pâli et regardait la concierge d'un air consterné.
— Pauvre Petite mère! dit-elle. Comment avons-nous pu la soupçonner!… La croix est retrouvée de ce matin. Je suis venue le dire sans perdre une minute.
— Ah! dit madame Perlet en regardant attentivement la jeune fille, c'est donc vous, Sylvanie… Vous auriez bien pu prendre la peine de retrouver votre croix un peu plus tôt. Ca nous aurait épargné bien des tracas, et à cette pauvre enfant une maladie qui n'a pas encore dit son dernier mot.
Sylvanie aurait volontiers pleuré en écoutant ces paroles, et pourtant il n'y avait pas eu de sa faute dans tout cela; elle ne pouvait se faire de reproches.
— Ecoutez, Madame, dit-elle, je vais vous raconter comment les choses se sont passées. Lorsque je revins à la maison après avoir confié les deux enfants à madame Nanette pour les ramener, je m'aperçus que je n'avais plus ma croix d'or. Il me semblait bien être sûre que je ne l'avais pas revue depuis le moment où je la leur avais montrée la veille, mais je voulais pourtant espérer qu'elle s'était perdue en chemin, ou peut-être dans la cour de la ferme lorsque j'avais mis les enfants sur la charrette. En dépit de ma grand'mère, qui soutenait que c'étaient eux qui l'avaient prise, j'ai refait le chemin en cherchant partout et je suis allée demander à la ferme si personne ne l'avait vue. Nous avons encore cherché tout le jour sans rien trouver, et il m'a bien fallu croire que les autres avaient raison. Madame Nanette a dit qu'elle retrouverait les petits voleurs et qu'elle me rapporterait ma croix si elle était encore entre leurs mains. Vous comprenez que lorsque le lendemain elle est venue nous dire qu'ils l'avaient vendue pour une pièce de dix francs nous n'avons plus eu aucun doute; j'ai regardé ma croix comme entièrement perdue, et je n'ai plus fait de recherches. Je n'y pensais plus guère, car on se console assez vite de ces malheurs-là, quand tout à coup, ce matin, en nettoyant l'étable de ma chèvre, je vois briller quelque chose, je le ramasse… c'était ma croix d'or à moitié couverte de terre. Je ne savais comment m'expliquer cela, mais je me suis souvenue tout à coup que j'avais pris une brassée de foin, qui avait servi de lit aux enfants, pour l'apporter à Brunette; sans doute la croix y était tombée, et comme elle était légère elle s'y est perdue et n'a été retrouvée que lorsque le foin a été mangé. Heureusement encore que ma chèvre ne l'a pas avalée avec sa provende… Mais que cette pauvre petite en ait tant souffert, voilà ce qui fait mal!…
Le récit de la jeune fille avait adouci madame Perlet. Dans de telles circonstances il eût été vraiment impossible que Petite mère ne fût pas soupçonnée, surtout par des personnes qui ne savaient rien d'elle. Elle offrit une chaise à Sylvanie et lui donna quelques détails sur la maladie de l'enfant.