— Madame Charles, ils tuent votre chat!
La porte de la bonne dame se trouvait ouverte. Elle entendit ces paroles sinistres et se hâta d'accourir. Plusieurs personnes sortirent de leurs chambres attirées par les cris, et arrachèrent le pauvre Charlot des mains du méchant gamin qui le frappait impitoyablement.
— Où est-il? où est-il?… criait la vieille dame toute bouleversée.
— Dans la loge, répondit Charlot, pendu à une ficelle.
Il n'y avait pas rhumatisme qui pût empêcher madame Charles de descendre avec une rapidité dont elle-même ne se croyait plus capable. Arrivée à la loge elle trouva son chat pendu, comme Charlot le lui avait dit. Heureusement c'était par les pieds, en sorte qu'il ne courait aucun danger pour sa vie. Mais comme il miaulait et comme il tremblait!… D'une main aussi tremblante que l'était la pauvre bête elle-même, sa maîtresse essayait vainement de la détacher, lorsque la concierge rentra. Sa vue redoubla l'indignation de la vieille dame qui, étant parvenue à défaire le noeud, prit son chat dans ses bras, et se retournant vers la nouvelle venue:
— Votre loge est donc un coupe-gorge?… lui dit-elle, on y tue les pauvres bêtes sans défense!…
— Voilà bien du bruit pour rien, répliqua la concierge. Quel mal ça lui faisait-il à cet animal? D'ailleurs ce n'est pas moi qui l'avais attaché là.
— Non, mais votre neveu ne le ferait pas sans votre permission.
C'est odieux, Madame; je me plaindrai au propriétaire, Madame…
Vous haussez les épaules… Eh bien, je vous citerai en police
correctionnelle, Madame.
— Comme il vous plaira, Madame. Un procès parce qu'un petit garçon a fouetté un chat, ce sera du nouveau.
— Mais c'est mon chat, Madame, et personne n'a le droit de le toucher…