— A peu près la même chose. Pourquoi dis-tu cela, mon garçon?
— Pourquoi n'avez-vous pas pris une grande maison? demanda encore Charlot au lieu de répondre.
— C'est que, vois-tu, mon garçon, plus une maison est grande, plus on paie cher, et nous ne sommes pas bien riches, répondit le cordonnier en riant.
— Eh bien, dit Charlot avec sérieux, quand je serai grand je vous donnerai beaucoup d'argent.
— Merci, mon petit homme, et où le prendras-tu?
— Je ne sais pas, mais le bon Dieu a donné à Petite mère ce qu'elle lui a demandé, et moi je lui demanderai beaucoup d'argent.
— Ah! dit M. Perlet, cette prière-là, je ne te promets pas qu'elle sera exaucée.
XXII
Nous sommes maintenant au mois de juin; les arbres n'ont plus de fleurs, mais le feuillage en est devenu plus riche et plus épais; l'herbe est plus haute; les roses sauvages fleurissent dans les haies; de tous côtés on entend le bourdonnement des insectes: la chaleur fait partout éclore des milliers de vies qui n'auront qu'un jour. Tout s'épanouit et se vivifie aux doux rayons du soleil; la campagne est encore fraîche comme au printemps et déjà opulente comme en été.
Petite mère et Charlot sont en route vers la petite maison sur la lisière du bois. Sylvanie voulait venir les chercher avec la charrette de madame Nanette, mais la petite convalescente n'aurait peut-être pas pu supporter les cahots de ce véhicule primitif, et madame Grandville a voulu qu'elle fît le voyage dans une voiture. Et sur cette voiture on a mis le lit de Petite mère, car elle n'est pas encore en état de dormir sur une botte de foin; il faut la traiter avec ménagements. Jamais elle n'a été si gâtée, elle qui, il y a si peu de temps encore, ne savait pas ce que c'était que d'être comptée pour quelque chose. Elle en est tout étonnée et parfois même un peu embarrassée… Cela lui semble peu naturel qu'on la soigne ainsi… Mais elle se laisse faire. Comment pourrait-elle résister? Elle n'a pas encore beaucoup de force et d'ailleurs elle trouve une certaine douceur dans sa vie nouvelle.