Sylvanie tressaillit. Etait-il possible que l'enfant eût entendu?…
— De qui parles-tu? demanda-t-elle.
— La dame a dit que je devrai bientôt mourir…
— Elle n'en sait rien… absolument rien… Tu es beaucoup mieux, ma petite, et la campagne va te remettre tout à fait. Madame Nanette est accoutumée aux bonnes joues rouges de ses enfants, et parce que tu es maigre et pâle elle te croit bien malade, mais elle se trompe.
— A cause de Charlot je ne voudrais pas mourir, dit Petite mère d'un air pensif.
— Mais tu ne mourras pas… Ne te mets pas cela en tête!…
— Non, continua l'enfant, mais je sais qu'on meurt quelquefois tout jeune. Beaucoup d'enfants sont morts d'une mauvaise fièvre dans la maison où nous étions avant… Il y avait une petite fille de dix ans; nous avons été au cimetière avec les voisins… Cela ne me ferait pas beaucoup de peine de mourir puisque ma maman est morte, mais c'est à cause de Charlot, et puis le père aussi… il serait triste.
Sylvanie aurait volontiers battu madame Nanette pour sa malencontreuse conversation. Elle faisait de son mieux pour effacer l'impression que Petite mère en avait reçue, mais elle voyait bien que ce serait difficile.
Tout à coup celle-ci, qui avait paru un moment plongée dans ses réflexions, l'interpella vivement:
— Pourquoi a-t-elle dit que je suis malheureuse et qu'il vaudrait mieux pour moi mourir?… Je ne suis pas malheureuse… Tout le monde est bon pour moi et Charlot m'aime tant…