— Es-tu bien là, petite? lui demanda-t-elle.

Mais Petite mère ne se sentit pas encore rassurée. Elle savait qu'elle ne pouvait se faire entendre. Comment expliquer à la vieille dame que ce n'était pas sa faute si elle occupait son fauteuil et qu'elle voudrait bien pouvoir le quitter, mais qu'elle n'aurait pas la force de retourner seule à la maison et que Sylvanie lui avait dit qu'elle ne devait pas s'asseoir sur l'herbe. Elle la regardait d'un air moitié suppliant, moitié désespéré, car il lui était resté une terreur profonde de ses premiers rapports avec la pauvre sourde, et elle ne comprenait pas encore que celle-ci ne demandait qu'à réparer le tort qu'elle lui avait fait sans le vouloir.

— Eh bien, petite, répéta la vieille dame qui ne se doutait pas de la frayeur qu'elle lui inspirait, le trouves-tu bon, mon fauteuil?

Il faut se rappeler que la pauvre grand'mère n'entendait pas sa propre voix, qui était un peu rude, et ne pouvait la modérer. Cette voix paraissait formidable à la craintive Petite mère.

— Oh! madame, s'écria-t-elle, je ne savais pas… ce n'est pas ma faute…

Et, dans son effroi, elle se laissa glisser par terre malgré les efforts de la vielle dame qui tendait sa main tremblante pour la retenir.

Heureusement Sylvanie n'était pas loin. Elle arriva en courant, prit l'enfant à bras le corps et la réinstalla dans le fauteuil en lui disant:

— Petite folle, que fais-tu donc?

Puis, se tournant vers la vieille dame, elle lui cria:

— Elle croit que vous êtes fâchée de ce qu'elle est dans votre fauteuil, grand'mère.