— Non, non, répondit celle-ci, je lui donnerais bien volontiers mon fauteuil pour la dédommager du mal que je lui ai fait. Restes-y tant que tu voudras, ma fille, tu es la bienvenue.

Il n'y avait plus moyen de s'y méprendre. Petite mère comprit enfin que les sentiments de la vieille dame envers elle étaient d'une bienveillance extrême. Elle la remercia en se laissant aller de nouveau dans le fauteuil et, à partir de ce moment, elle se sentit tout à fait heureuse.

L'après-midi Sylvanie vint s'installer auprès d'elle avec son ouvrage: c'était le pantalon destiné à Charlot. On attacha la chèvre au tronc du cerisier et elle se mit à brouter de bonne grâce l'herbe rase qui croissait autour, donnant de temps à autre, par manière de diversion, un coup de dent dans une haie vive. Charlot s'amusait à se tailler, avec un vieux couteau ébréché, un petit bateau pour le faire aller sur la fontaine.

— Comme vous cousez vite, dit la petite convalescente en regardant Sylvanie.

— Tu trouves… Sais-tu coudre?

— Je me suis appris un peu, et une voisine m'a montré à mettre les pièces, mais je vais lentement, parce que je ne sais pas bien.

— Quand tu auras repris tes forces je te montrerai.

— Oh! merci.

Ce fut une délicieuse journée et certainement Petite mère fit plus de progrès pendant ces quelques heures passées en plein air et au milieu des arbres et des fleurs, que dans toute une semaine passée dans sa chambre sans air et sans soleil.

XXIII