Madame Nanette vint dans la journée, apportant un poulet de sa basse-cour pour la malade, et du beurre de sa façon pour Sylvanie. En regardant Petite mère, elle put à peine croire qu'elle avait sous les yeux la même enfant qui lui avait paru toute semblable à une figure de cire.

— Mais te voilà toute vivante, lui dit-elle, je n'aurais jamais cru qu'on pût changer à ce point en si peu de temps.

Et en s'en allant elle dit à Sylvanie:

— Vous aviez raison, ma fille, cette petite a l'air de vouloir vivre.

XXIV

Deux semaines après la visite d'Edith, Petite mère et Charlot se trouvaient de nouveau dans la chambre sombre que nous connaissons. Il faisait bien beau au dehors, mais les rayons du soleil n'y pénétraient guère, et leurs yeux n'étaient plus réjouis par la vue des arbres et des prés en fleurs, ni leurs oreilles par le murmure rafraîchissant de la fontaine. Brunette n'avançait plus sa jolie tête pour attraper un morceau de pain dans la main de sa petite amie; le joyeux rire de Sylvanie ne se faisait plus entendre. Quel changement!

Les enfants étaient dans la même attitude où nous les avons vus pour la première fois, Petite mère assise sur la chaise sans dossier et Charlot à ses pieds sur le plancher, la tête appuyée sur ses genoux; mais cette fois ils n'avaient pas faim, car, outre un bon déjeuner pris avant de quitter la maison sur la lisière du bois, ils avaient trouvé à leur arrivée un repas chez madame Charles.

Pourtant Charlot était triste et même un peu grognon.

— Je ne sais pas pourquoi nous sommes revenus ici, disait-il. C'est vilain cette chambre noire. J'aimerais mieux être resté là-bas, il y faisait si beau. Quand je serai grand, je veux rester toujours à la campagne.

— Mais, mon chéri, nous ne pouvions y rester puisque le père revient… Ne te réjouis-tu pas de le voir?