— Nous étions si bien à la campagne, reprit-il après un moment de silence.
— Oui, mais, tu sais, nous ne pouvions pas y rester toujours… Sylvanie et la vieille dame ont été bien bonnes pour nous, mais nous ne sommes pas à elles, tu comprends… Elles ne pouvaient pas nous garder toujours.
— Pourquoi? demanda Charlot qui ne comprenait rien à ces subtilités. Elles nous aiment bien…
— Oui, mais elles ne peuvent pas prendre soin de nous comme le père, parce que lui, c'est notre père… il nous aime encore mieux.
— Je voudrais bien être avec lui s'il était dans une belle campagne, mais je n'aime pas à être ici!… c'est noir, c'est vilain!…
Petite mère regarda les murs nus et noircis et soupira en pensant au beau rosier grimpant qui tapissait celui de la petite maison. Comme tout était joli et frais à la campagne! Personne mieux qu'elle ne sentait le contraste. Elle aurait volontiers pleuré, mais elle reprit bien vite le dessus en pensant que le père pouvait arriver d'un moment à l'autre.
On entendait dans le corridor un bruit inaccoutumé, et tout à coup la porte s'ouvrit, laissant paraître sur le seuil madame Charles tout essoufflée.
— J'apporte mon fauteuil pour ton père, dit-elle en s'adressant à Petite mère; il en aura besoin, le pauvre homme… Mais je n'en peux plus… Es-tu assez forte pour m'aider?
— Moi! moi! cria Charlot tout heureux de cette diversion.
Petite mère apporta aussi son faible concours, et à force de peine on parvint à faire entrer le lourd fauteuil et à le placer près de la fenêtre.