— C'est elle qui a pris soin de moi quand j'étais malade, dit
Petite mère en levant sur son père ses yeux sérieux.

— Et madame Perlet m'a pris chez elle, cria Charlot.

— Ils ont tous été bien bons pour vous, dit le père, je voudrais les remercier.

Comme il parlait on frappa à la porte. C'était madame Perlet une tasse pleine dans les mains.

— Comment que ça va? dit-elle au malade en prenant un air riant pour cacher l'émotion que lui causait la vue de cette figure dévastée par la maladie. Voilà un peu de bouillon pour vous restaurer: nous avons justement mis le pot-au-feu hier. Nous sommes riches maintenant, mon mari a retrouvé du travail dans son ancienne maison; nous pouvons nous payer le pot-au-feu deux fois par semaine.

— Madame Perlet, dit le convalescent dont la voix tremblait et dont les yeux étaient humides, je vous remercie ainsi que votre mari de ce que vous avez fait pour mes pauvres enfants. Je vous en serai toute ma vie reconnaissant.

— Ne parlons pas de ça… Qui est-ce qui pourrait voir souffrir de pauvres petits innocents et ne pas leur venir en aide? Vous en feriez bien autant pour nous, n'est-ce pas?… C'est gentil tout de même de vous voir ici et non plus dans ce lit d'hôpital…

— Oui, je suis content, mais je ne dirai pas de mal de mon lit d'hôpital, car c'est là que j'ai appris à avoir confiance en Dieu.

— Vraiment? dit madame Perlet d'un air surpris.

— Est-ce qu'il n'a pas pris soin de mes pauvres enfants pendant que je ne pouvais rien faire pour eux?… C'est vous autres, braves gens, qui les avez nourris, c'est vrai, mais qui vous l'a mis au coeur? Ah! Madame Perlet on comprend bien des choses quand on est là, faible et sans mouvement, pendant des semaines. Avant cela je ne pensais pas à Dieu, mais à qui aurais-je recommandé mes pauvres petits si ce n'est à lui? Et il m'a entendu…