La bonne dame jeta un coup d'oeil autour de la chambre; elle ne pouvait s'étonner de ce que la pauvre petite ne voulait rien donner au déraisonnable Charlot.
— Je voudrais le laver et le peigner avant, dit celle-ci de sa voix douce.
— Non!… cria Charlot exaspéré; je veux manger d'abord!…
— Tu es tout barbouillé de larmes; ce sera tout de suite fait.
— Elle a raison, dit la vieille dame, il faut toujours être propre. Vous viendrez tout à l'heure. Je laisserai ma porte ouverte.
Charlot n'osa plus résister; mais il était si fâché contre sa soeur qu'il la pinça au bras pendant qu'elle le débarbouillait. Petite mère se contenta de dire:
— Oh! Charlot!…
Elle savait que la faim rend méchants ceux qui n'ont pas un grand courage pour la supporter.
La porte était ouverte, et les yeux de Charlot se portèrent immédiatement vers la table, où il s'attendait à voir un repas aussi confortable que celui du chat. La vue des deux morceaux de pain lui causa une déception; mais il se dit que le reste viendrait sans doute. Lorsque la bonne dame y eut ajouté un petit morceau de sucre pour chacun, en leur disant que c'était excellent avec le pain, son illusion s'évanouit.
— J'aime mieux du lait, dit-il en regardant le morceau de sucre avec défaveur.