— Moi aussi, ajouta Charlot. Est-ce qu'il aime beaucoup le lait?
— Oh! il l'aime à la folie. Il ne peut pas s'en passer. Jamais il ne mangerait un morceau de pain sec. C'est un chat gâté; mais, aussi, il est ma seule compagnie, et nous faisons bon ménage à nous deux. Nous ne nous disputons jamais. Ce Charlot-là ne donne pas de coups de poing.
— Il ne pourrait pas en donner, dit le petit garçon qui comprenait bien l'allusion mais ne voulait pas en avoir l'air.
— Il pourrait mordre, égratigner, mais il est doux comme un agneau. Ca a de la raison, ces pauvres bêtes, ça sent quand on est bon pour eux, et ça vous paie en bonnes manières et en gentillesses. Je connais des enfants qui sont moins aimables pour ceux qui les soignent.
Etait-ce encore une pierre dans le jardin de Charlot le garçon, et la maîtresse de Charlot le chat voulait-elle faire honte au premier de sa conduite envers sa soeur? Si cela était il n'eut pas l'air d'y faire attention, mais il sentait qu'il détestait de plus en plus ce chat gâté qui avait tant de vertus mais ne mangeait jamais de pain sec.
— C'est plus beau ici que chez nous, dit-il les yeux fixés sur la pendule qui ornait la cheminée.
C'était en effet une jolie chambre, bien qu'elle ne fût séparée que par une petite cuisine et un cabinet noir de la misérable chambre qu'habitaient les deux enfants. Il y avait sur la commode des tasses de porcelaine, deux petits vases, deux flambeaux; près de la fenêtre un grand fauteuil et des rideaux au lit. Tout était bien en ordre, tout reluisait de propreté.
Petite mère admirait aussi, mais avec une nuance de tristesse; ses instincts de ménagère lui faisaient faire une comparaison défavorable pour la chambre voisine qu'elle nettoyait pourtant avec tant de soin.
Toujours discrète et réservée, Petite mère craignait de déranger; elle voulut emmener son frère et le tira par le bras en disant:
— Remercie la dame, Charlot.