Une dame passa, elle venait de faire son marché et de son panier sortaient des herbes et des fruits. Elle se heurta à Charlot et cela la mit de mauvaise humeur.
— Que faites-vous là, petits? dit-elle d'une voix un peu rude, allez donc à l'école au lieu d'encombrer la rue.
Petite mère aurait volontiers pleuré de toutes ces rebuffades, mais elle était accoutumée à retenir ses larmes. Charlot, lui, était en colère et il montra son petit poing fermé à la dame au panier, par derrière, il est vrai, en sorte qu'elle ne s'en douta pas.
— Allons-nous-en d'ici, dit Petite mère.
Et ils recommencèrent à marcher.
Tout au bout de la rue ils rencontrèrent une marchande d'oranges avec sa charrette. Charlot s'arrêta en contemplation devant les beaux fruits d'or; la vieille marchande prit une orange de rebut qu'elle lui donna. Tout joyeux de cette générosité les enfants allèrent s'asseoir sur les marches d'une porte et entamèrent ce repas inattendu. Certes, un petit pain chaud, ou même un morceau de main rassi, eût bien mieux fait leur affaire, mais une orange était préférable à rien.
— Je n'en ai jamais mangé, dit Charlot, les yeux fixés sur les mains de sa soeur qui enlevaient l'écorce qu'elle avait entamée avec ses dents, et toi, Petite mère?
— J'en ai mangé une fois, mais ne je ne me rappelle pas le goût.
Maman en avait quelquefois quand elle était malade.
— Ca sera bon, dit le petit homme qui se régalait en imagination.
Il eut le premier quartier; l'orange était un peu amère et lui fit faire une vilaine grimace.