— Je croyais que c'était meilleur que ça, dit-il d'un air désappointé. — Mais c'était au moins quelque chose dans son estomac creux, et le second morceau lui parut meilleur. Ce frugal déjeuner fut bien vite achevé.
— Il n'y en a déjà plus? dit Charlot qui ne s'était pas aperçu que sa soeur lui donnait la part du lion. Donne-moi ça, je veux le manger.
— L'écorce… oh! non, ce n'est pas bon, tu verras comme c'est amer.
Mais Charlot n'écoutait rien que son appétit. Il arracha l'écorce de la main de sa soeur et en mit dans sa bouche un grand morceau qu'il rejeta bien vite. Pourtant Petite mère serra le reste dans sa poche, car, toujours prévoyante, elle pensa qu'elle pourrait en tirer parti.
Un peu restaurés ils reprirent leur voyage.
Les maisons devenaient plus rares, de longs murs les séparaient les unes des autres. Qu'y avait-il au delà? Les enfants auraient bien voulu le savoir, mais ils ne voyaient rien. Pourtant ils arrivèrent à un endroit où le mur était plus bas et Charlot pria sa soeur de le soulever pour qu'il pût regarder.
— Oh! comme c'est joli, s'écria-t-il. Il y a un grand jardin et une quantité de petites plantes vertes tout en ligne, et des choses en verre qui brillent, et des fleurs, des masses de fleurs dans un coin. Si tu voyais comme c'est beau. Tiens-moi toujours, Petite mère, je veux encore regarder!
Mais Petite mère, en dépit d'un effort héroïque, ne pouvait le tenir plus longtemps. Elle laissa retomber le gros garçon qui se retourna vers elle avec colère.
— Tu pourrais bien me laisser regarder encore, méchante! cria-t-il.
— Mes bras me font mal, répondit la pauvre petite. Tu es lourd,
Charlot.