— Eh! bien, Petite mère, je pense que ton nom te fait honneur, mais il est drôle tout de même.

Sylvanie n'était pas fâchée d'avoir un peu de société; elle menait une vie assez triste avec sa grand'mère, et bien qu'elle ne s'en plaignît jamais, parce qu'elle était bonne et gaie, elle était heureuse de voir de jeunes visages autour d'elle. La maison était à l'écart et cachée dans un pli de terrain; de tous côtés, il est vrai, pour peu qu'on s'élevât sur la hauteur, on apercevait d'autres habitations, mais en regardant par la petite fenêtre on aurait pu se croire loin des humains.

Charlot, toujours prompt à parler, raconta à Sylvanie tout ce qu'il savait de leur vie. En l'écoutant elle répétait souvent: "Pauvres petits!" et dans ses yeux bruns si brillants il y avait un rayon d'une douceur infinie.

— Ce doit être bien triste de demeurer à la ville, disait-elle. Moi, je ne pourrais pas vivre ailleurs qu'ici. En hiver c'est un peu solitaire, mais quand les bourgeons commencent à entr'ouvrir l'écorce des arbres, et que l'herbe verdit près du ruisseau, comme on est joyeux! Voyez, hier j'ai cueilli toutes ces fleurs et j'ai trouvé des violettes sous la haie. Elles ne sont pas en avance, cette année, il a fait si froid!…

— Nous cueillons aussi des fleurs en allant au cimetière, dit
Petite mère, des petites fleurs blanches avec du jaune au milieu.

— Des pâquerettes! il en croît au bord des grandes routes. J'en ai vu quand je suis allée à Paris, mais elles sont laides en comparaison de nos jolies pâquerettes rosées. Allez dans le jardin pendant que la soupe cuit, vous vous amuserez mieux qu'ici.

Quand les enfants furent sortis, la vieille femme appela Sylvanie et lui cria dans l'oreille.

— Il faut tout enfermer. Ces enfants de paris, ça ne vaut rien…

VIII

Le jardin potager était vite parcouru: de grands carrés de pommes de terre, d'autres plus petits de laitue, bordés d'oseille, çà et là quelques buissons de groseilliers, c'était tout; mais au delà quel monde enchanté! De beaux arbres aux troncs noueux, dont les branches s'abaissaient jusqu'à terre, de jolis sentiers qu'on voyait disparaître et reparaître entre les haies, des pentes de gazon, et plus bas, près du ruisseau, de grands prés où les boutons d'or émaillaient l'herbe encore courte et d'un vert tendre. C'était pour les pauvres petits enfants, venus de la ville, un spectacle tout nouveau et qui les ravissait.