— Est-ce qu'il est bon pour vous?
— Oh! oui, s'écrièrent ensemble les deux enfants.
— Alors il ne vous a pas abandonnés, il reviendra… Je vous ramènerai demain chez vous. Pour aujourd'hui vous coucherez ici et demain nous partirons de grand matin ensemble. — Grand'mère, nous les garderons cette nuit…
Il fallut beaucoup de temps pour arriver à s'entendre: la sourde persistait à croire que les enfants coucheraient dans le lit qu'elle partageait avec sa petite-fille, mais elle fut à moitié calmée lorsqu'elle comprit qu'un peu de paille dans un coin leur suffirait pour dormir. Elle s'apaisa encore plus en voyant Petite mère peler très-adroitement des pommes de terre et couper des navets pour la soupe. Quant au pauvre Charlot il avait vraiment fait sur elle une impression fâcheuse; elle ne pouvait supporter qu'il s'approchât de son fauteuil, et suivait tous ses mouvements d'un oeil inquiet. Charlot ne s'en préoccupait guère: il avait bien déjeuné, un bon souper se préparait dont il était persuadé qu'il aurait sa part, et cette maison hospitalière, où les chats n'avaient que la seconde place, lui plaisait infiniment, de même que sa jeune maîtresse.
— Comment vous appelez-vous? demanda-t-il à celle-ci.
— Je m'appelle Sylvanie, n'est-ce pas un joli nom?
Oui, c'était un bien joli nom, Petite mère le trouvait et sourit en le répétant.
— Et toi?… lui demanda la jeune fille, tout le monde ne t'appelle pas Petite mère comme ton frère?…
— C'est son nom, cria Charlot d'un ton indigné, tout le monde l'appelle ainsi.
Sylvanie se mit à rire.