— Oui, la grosse dame de chez nous n'a pas voulu nous en donner parce qu'il était pour son chat.

— Mon chat en a quand il en reste, dit la jeune fille en riant; mais il n'est jamais servi le premier. Maintenant, racontez-moi ce que vous venez faire ici? Vous vous êtes sauvés?

— Oh! non, dit Petite mère, à qui ce bon repas et plus encore la figure gracieuse et riante de la jeune paysanne avaient rendu le courage, nous allions chercher notre papa, et nous avons marché longtemps, et alors nous avons trouvé la campagne, et c'était si joli!… nous avons marché encore, et ensuite nous ne pouvions plus marcher, et vous êtes venue avec la jolie chèvre.

— Mais est-ce qu'on n'est pas inquiet chez vous?

— Non, puisqu'il n'y a personne.

— Personne!… mais vous ne pouvez pas vivre seuls!…

— Le père reviendra, répondit Petite mère.

— Nous pourrions bien vivre tout seuls, reprit Charlot, si seulement nous avions du pain et du lait.

— Pauvres petits!… mais où est donc votre père?

— Je ne sais pas, répondit Petite mère à qui cette compassion faisait paraître son sort plus triste qu'elle ne l'avait cru.