— Petite mère! répéta la jeune fille, entendant ce nom pour la première fois.
— Oui, elle lui parlait d'une voix méchante, et Petite mère avait peur.
— Elle n'est pas méchante, la pauvre grand'mère, mais elle est sourde, et c'est bien heureux pour toi, petit impertinent. Les sourds n'aiment pas voir autour d'eux des gens qu'ils ne connaissent pas. Allons, grand'mère, ajouta-t-elle en criant de tout son pouvoir, ne vous tourmentez pas… Ces petits ont faim, je vais leur donner à manger et ils s'en iront.
— Oui, oui, répondit la vieille femme qui avait à moitié compris, c'est ça… ils vont tout manger comme si nous en avions de trop. Ces enfants sont mal élevés… Ils viennent de Paris, je ne m'y fie pas.
En parlant ainsi elle se retourna, de manière à ne pas voir ce qui se passerait derrière elle.
La jeune fille était accoutumée à ne pas trop s'inquiéter des gronderies de la vieille femme qui, du reste, la laissait faire à sa tête, se contentant de grommeler un peu. Elle remplit deux tasses de terre brune d'un lait tiède et écumeux, coupa deux grandes tranches de pain, et fit signe aux enfants que c'était pour eux. Comme elle vivait avec une sourde elle avait pris l'habitude de parler souvent par signes.
Les enfants ne se firent pas prier. Ah! quel bon repas, que régal délicieux!…
Quand il eut apaisé sa première faim, Charlot se tourna vers la jeune paysanne qui les regardait manger d'un air de contentement et lui dit:
— Pourquoi est-ce que ne gardes pas ton lait pour ton chat?
— Pour mon chat!… quelle idée as-tu là?