— Allons donc! dit la fruitière qui assistait à cette scène, Paris en est plein de ces enfants-là. Ils se tirent toujours d'affaire. Et puis, qui vous dit que c'est vrai, cette histoire!… Laissez-les aller tranquillement, ne vous faites pas de mauvais sang pour eux…

— Je ne crois pourtant pas qu'elle mente, dit la laitière, un peu refroidie, en regardant dans les yeux de la petite fille, mais il faut que je m'en aille bien vite. Ecoute, petite, tu as vu où je demeure, ce n'est pas bien loin. Si ton père ne revient pas, et que tu ne trouves personne pour prendre soin de vous, tu peux venir chez nous, entends-tu?

Ayant ainsi tranquillisé sa conscience, la brave femme remonta sur sa charrette et continua sa tournée, la fruitière rentra dans l'intérieur de sa boutique et les deux petits restèrent sur le trottoir.

— Allons! dit Petite mère en soupirant.

La rue lui semblait si triste, le pavé si dur après le chemin qu'elle avait fait le matin dans le sentier en fleurs! Elle prit la main de Charlot pour s'en aller, mais où? Elle ne connaissait pas la rue et ne voyait rien qui lui fût familier.

Elle s'aperçut tout à coup qu'ils allaient se jeter dans les jambes d'un agent de police d'une taille très élevée qui allait et venait au coin de la rue. Petite mère leva la tête vers lui et lui demanda son chemin. L'homme la regarda d'en haut, comme on regarde une chose sur laquelle on craint de marcher par inadvertance, puis il tendit la main dans une direction en disant:

— Troisième à droite.

Le malheur, c'est que ni Petite mère ni Charlot n'étaient bien sûrs de connaître leur main droite. Pourtant ils prirent d'instinct le bon chemin et reconnurent bientôt leur rue à un long mur sans fenêtres qui en longeait la première partie.

— Nous étions tout près de chez nous sans le savoir, dit Petite mère joyeuse de se retrouver en pays de connaissance.

Charlot n'était pas content du tout: il marchait lentement et se faisait traîner.