— Est-ce qu'il est bien mal? demanda madame Perlet se plaçant entre la soeur et Petite mère afin que celle-ci ne pût entendre.

— Très-mal; depuis lundi qu'il est ici il n'a pas repris connaissance. Le médecin dit pourtant qu'il y a encore de l'espoir, mais pour moi je n'en ai guère.

— Ne le dites pas aux enfants! les pauvres petits, ils sauront bien assez tôt qu'ils n'ont plus personne au monde!

— Ils auront le bon Dieu, dit la soeur.

— Ah! oui, ma soeur, sans doute, mais voyez-vous, ça ne suffit pas à des petits malheureux qui ont faim et soif. C'est bon pour ceux qui peuvent s'aider; alors le bon Dieu les aide aussi, comme dit mon mari, mais pour des enfants comme ceux-là, il faut une mère, voyez-vous. C'est comme si on me disait que le bon Dieu prend soin d'un petit oiseau sans plumes qui tombe du nid. Il n'en périt pas moins, le pauvret. Tout ce que je lui demande, moi, c'est qu'il nous laisse à nos enfants jusqu'à ce qu'ils soient grands; sans cela on a beau dire qu'il les aime, je ne m'y fierais pas.

La soeur était un peu embarrassée pour répondre à ce discours.
Elle se contenta de sourire et de dire:

— Vous n'avez pas de foi en Dieu.

— C'est possible. Je me contente de faire mon devoir de mon mieux et je pense que c'est tout ce que le bon Dieu peut demander de moi. Quant au reste, je n'y entends rien.

— Mais, dit la soeur, je ne sais qu'une chose, c'est que nous devons avoir confiance. Si de pauvres petits êtres souffrent ici, ils auront leur récompense là-haut.

Pendant cet entretien les deux enfants s'étaient approchés tout doucement du lit. Charlot ne criait plus, il regardait de tous ses yeux et, sous la pâleur et la rigidité de cette figure il retrouvait peu à peu des traits familiers. Une des mains était étendue sur le drap; il la toucha doucement. Elle était froide, mais pas assez pour lui faire peur. Petite mère avança aussi la sienne et la laissa sur celle du malade, puis elle dit tout bas: