—Je désirerais une voiture de place, dit madame Blandais avec satisfaction.

Car c'était pour elle un grand luxe que de s'en aller en voiture. Elle était bien aise de le faire valoir.

Tancrède, qui avait suivi Clarisse, entendant ces mots, s'effraya de l'idée que ces pauvres femmes allaient se trouver, à deux heures du matin, sans protecteur, exposées à toutes les intempéries d'un cocher de fiacre: guidé par un zèle déjà quelque peu tendre, il résolut de les escorter invisible jusqu'à leur demeure.

—Je saurai leur adresse, pensa-t-il; c'est toujours cela.

Le fiacre arriva.

Madame Blandais monta la première; quand ce fut le tour de Clarisse, Tancrède invisible, se plaçant entre elle et le cocher, l'aida à franchir le marchepied, et ce fut sur son bras qu'elle s'appuya. Il eut soin aussi de préserver la blanche parure du contact de la roue, et fut récompensé de ses soins en entendant la jeune fille dire ces mots en s'asseyant dans la voiture:

—Comme ils sont polis, les cochers de fiacre!

La voiture partit. Tancrède la suivit d'abord des yeux, puis, l'ardeur des coursiers s'étant ralentie, il se mit à leur pas; et après un assez long voyage, arriva en même temps que le fiacre et la muse rue de la Bienfaisance, où elle demeurait.

—Allons, pensa Tancrède, du courage! mieux vaut me désenchanter tout de suite.

Et il pénétra avec les deux femmes dans leur appartement.