Marguerite eut affaire dans la chambre de Clarisse; elle allait y chercher deux cuillers d'argent, car la jeune muse était gardienne de toute l'argenterie de la maison, qui consistait en six couverts, une casserole et sa timbale de pension.

Tancrède alors s'amusa à étudier la petite chambre de Clarisse. Que vous dirai-je? il devint amoureux de cette chambre.

Un lit très-petit, très-jeune, si l'on peut dire ainsi, et voilé de rideaux blancs, était situé au fond de la chambre. Près du lit était un joli guéridon en laque; ce devait être un présent nouveau, sa richesse contrastait avec le reste du mobilier.

Auprès de la fenêtre était une espèce de bureau; sur ce bureau, des livres, des dictionnaires anglais, des recueils de poésie, un panier à ouvrage, un vase plein de fleurs, et puis une boîte de bonbons. Au mur était attachée une petite bibliothèque; Tancrède l'examina rapidement: c'étaient tous livres dépareillés; il ne put s'empêcher de rire. Sur la cheminée était une petite montre, un chapelet, une bourse légère et un flacon. Tancrède observait tout avec plaisir, et cependant avec une malveillance volontaire.

—Je veux la connaître, se disait-il, je veux me désenchanter tout de suite, Clarisse me plaît trop, je ne la quitterai point que je ne l'aime plus.

Et le souvenir de Malvina le fit amèrement soupirer.

Marguerite ayant terminé ses recherches dans l'armoire, retourna dans la chambre de madame Blandais.

Madame Blandais était occupée à relever le feu; Clarisse préparait une petite place sur la cheminée pour poser son frugal souper. La mère avait passé une robe de chambre de couleur sombre; la jeune fille avait changé sa robe de mousseline contre un long peignoir de percaline bleue. Elle était charmante ainsi.

Tancrède la trouvait bien plus jolie dans ce négligé tout à fait en harmonie avec son costume à lui, qui n'était nullement cérémonieux.

—V'là du lait, mamzelle, dit Marguerite, et puis du pain.