Tout à coup elle s'imagina qu'il y avait une porte secrète dans sa chambre; elle prit un flambeau et se mit à faire des perquisitions; sa chambre était si petite qu'elle l'eut bientôt passée en revue—ni porte secrète—ni trappe—il n'y avait pas moyen de placer la moindre aventure fantastique dans cette bourgeoise demeure. Clarisse fut honteuse de ses recherches; elle pensa à toutes les plaisanteries que ferait sa mère si elle la surprenait ainsi courant, au milieu de la nuit, après un fantôme. Elle se remit à écrire, et elle resta toute la nuit sans se déshabiller, sans dormir; elle se disait toujours qu'elle n'avait rien à craindre, mais elle agissait comme si elle était en danger.

Tancrède vint la voir le matin; il la trouva très-pâle, et, s'apercevant qu'elle ne s'était point couchée de toute la nuit, il se reprocha de lui avoir causé tant d'inquiétude; il cherchait un moyen de la rassurer.

—Pauvre petite! est-ce qu'elle va passer toutes les nuits ainsi? elle se rendra malade, pensa Tancrède.

Alors l'idée la plus étrange lui tomba dans l'esprit: pendant que Clarisse était auprès de sa mère, Tancrède prit la plume qu'elle venait de quitter, et, à la suite du paragraphe à demi copié... il écrivit ces mots:

Je ne viendrai pas demain.

Tancrède.


[XXII]

UN JOUR D'INSPIRATION

Je ne viendrai pas demain. Mais il est donc venu tous les jours! il doit donc revenir encore! Quel mystère! Mon Dieu! que dois-je penser?