Et un doute affreux lui saisit le cœur. Elle retomba dans son découragement, et des larmes coulèrent sur ses joues sans qu'elle songeât à les essuyer.

Madame Blandais, tout occupée d'Angelo, ne remarqua point l'émotion de sa fille, que d'ailleurs elle eût attribuée aux malheurs de Catarina.

Clarisse resta quelques moments absorbée par la plus pesante rêverie. Lorsqu'elle releva les yeux, elle s'aperçut qu'il la lorgnait, lui, le bel inconnu, l'idéal défloré; car elle éprouvait le contraire de ce qui afflige ordinairement: c'est la réalité qu'on regrette: «Ce que je croyais exister n'était qu'une vaine illusion...» mais elle, c'est l'illusion qu'elle regrettait; elle pleurait son fantôme si cher, elle craignait que la vérité ne lui ôtât tout son prestige, elle avait peur de ne plus l'aimer.

Pendant l'entr'acte, cherchant à se calmer, elle voulut triompher de son émotion et fixer ses yeux sur lui à son tour, mais elle le vit quitter la place où il était et sortir de la salle.

Un instinct inexplicable l'avertit qu'il allait venir lui parler, et lorsqu'elle entendit la porte de la loge s'ouvrir, elle éprouva un battement de cœur violent.

Elle sentait que c'était lui!

C'était lui!

Clarisse n'osait le regarder; elle tremblait.

—Pardon, Mesdames, dit-il en entrant dans la loge, madame de D*** n'est pas encore arrivée?

—Non, monsieur, reprit madame Blandais, cela m'étonne.